«L’état sanitaire de la population de mouflons du Chablais est excellent avec quelques sujets exceptionnels. Un record de France a été prélevé en 2010 au col de Recon, avec des cornes d’une longueur de 98 cm. Quelques cas de kératoconjonctivite ont été constatés en 2006 et 2015, fort heureusement peu étendus».

Le mouflon: un mouton sauvage ou un vrai gibier de montagne?

«On dit que si le chasseur perd un cheveu: le cerf l’entend, le sanglier le sent et le mouflon, lui, le voit! Le mouflon peut détecter la présence d’un humain à une distance de 1500 m. Mieux vaut le voir avant qu’il n’ait décelé votre présence! Car dès cet instant, il ne va plus vous lâcher des yeux, se figeant pour mieux analyser le danger ou alors prenant directement une fuite éperdue, ne marquant pas d’arrêt. Je considère que c’est le gibier de montagne qui se défend le mieux. Il n’a pas peur du rocher et peut parcourir de grandes distances à la course. Je recommande le sentier didactique du mouflon de Torgon, pour celles et ceux qui souhaitent le découvrir, durant l’été et l’automne».

Le mouflon pose-t-il des problèmes de cohabitation avec les espèces indigènes?

«Les mouflons de Torgon sont répartis dans onze vallons, depuis Verne au nord jusqu’à Draversa. En fonction de la saison, jusqu’à un tiers de l’effectif est établi dans le district franc cantonal de la Tour de
Don. Les groupes sont bien distribués sur une vaste superficie d’environ 4000 ha. Les espèces cerfs, chevreuils et chamois sont bien représentées sur ce même territoire. Mais il est vrai qu’une certaine concurrence peut être observée avec les chamois, dans les secteurs d’été et d’automne. Si l’on examine la statistique des tirs de chasse sur ces mêmes zones depuis quinze ans, les résultats sont stables. La concurrence n’est pas déloyale. Il faut relever l’esprit d’ouverture de la Diana Plaine et de la Diana d’Illiez, qui tolèrent la présence de cet animal protégé».

Quel est le statut du mouflon en Valais et en France?

«Un statut très particulier, puis-que en France il est considéré comme indigène, alors que l’OFEV l’a classé dans les espèces exotiques. Originaire d’Asie mineure, le mouflon a été introduit en Europe pour la chasse. La loi fédérale sur la chasse a pour objectif la conservation et la promotion de la diversité des espèces indigènes. Pour cela, l’ordonnance sur la chasse oblige les cantons à prendre des mesures pour empêcher la propagation des espèces non indigènes, dont fait partie le mouflon (art. 8, OChP). L’espèce est néanmoins tolérée dans le Bas-Valais, car elle ne cause pas des dommages excessifs à la forêt et car sa population ne se répand pas (Source OFEV).

Sensible à la capacité d’adaptation du mouflon dans le Chablais, le Service de la chasse l’a classé comme espèce protégée sur le plan cantonal, par le règlement d’exécution de la loi cantonale sur la chasse et la protection des mammifères et oiseaux sauvages».

2016 almir jacquierMOUFLONS (12)

Comment s’opère la gestion du mouflon en Valais?

«Sur la base du recensement annuel de l’espèce, le service fixe un «mini» plan de tir annuel, réalisé par le gardiennage professionnel et auxiliaire. Ces prélèvements, de l’ordre de 25 à 50 têtes par an, principalement dans les catégories jeunes et femelles, permettent d’éviter l’expansion de la population. La viande de ces animaux est commercialisée au profit de l’Etat du Valais. A ces tirs s’ajoutent des pertes naturelles, importantes parfois chez les agneaux qui naissent dès le début du mois de mars et celles dues à des collisions sur la route».

Le loup est-il une menace pour cette espèce?

«L’arrivée du loup dans le Chablais en 2006 a suscité des craintes pour la pérennité de la population de mouflons. Bien que l’OFEV ait prédit une préférence du loup pour les proies sauvages, nous avons constaté la prédation de 4 mouflons sur la colonie de Torgon et 18 à Champéry, de 2006 à 2010. Cela est bien peu, comparativement aux 250 animaux de rente attaqués durant la même période dans le Chablais. Le caractère très sauvage du mouflon, son acuité visuelle impressionnante, avec une stratégie de fuite et de refuge dans des zones escarpées, lui ont procuré une protection efficace».

Texte Jean Bonnard, photos Philippe Dubois et Almir Jacquier

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.