La forme et la typologie de l’enfourchure ou de l’empaumure résulte d’une alchimie très complexe que certains passionnés de cerf ont parfois tenté d’interpréter pour faire en sorte qu’un nombre maximum de coiffés porte systématiquement de belles empaumures. Heureusement, la nature conserve ses secrets «de fabrication» afin que l’homme garde ici son simple rôle de spectateur.

Il est un fait incontestable que l’empaumure plaît davantage à l’œil humain que la simple fourche. Ce penchant pour la richesse géométrique, voire artistique du sommet des bois a parfois conduit l’homme à orienter la génétique vers des objectifs plus qu’incertains. Si les cerfs à empaumures engendraient systématiquement des cerfs à empaumures, la sélection pratiquée par l’homme aurait eu tôt fait d’éliminer méthodiquement les cerfs à fourche. Il en va heureusement tout autrement au sein des populations de cerfs. En effet, des cerfs à fourches produisent aussi bien des cerfs à empaumures que d’autres cerfs à fourche et vice versa.

Six pointes et trois étages!

Cerf 1

Différence parfois ténue…

Néanmoins, quelques signes particuliers peuvent parfois se transmettre d’une génération à l’autre, mettant ainsi en évidence une sorte de traçabilité propre à certains géniteurs. La différence entre fourche et empaumure est parfois très ténue. En effet, comme le signale très bien Fernand du Boisrouvray dans son ouvrage Le cerf et sa vénerie à travers les âges publié aux éditions du Gerfaut, «la différence entre une fourche et une empaumure à trois pointes est moindre qu’entre celle-ci et une empaumure à cinq pointes: un cor au lieu de deux.» Cette remarque très pertinente conduit à dire qu’une fourche n’est finalement qu’une empaumure à deux pointes.

Une belle empaumure composée de deux fourches en étages.
Cerf Villard 
Deux splendides empaumures en forme de calice.

Cerf calice

Splendide empaumure…

Combe voirons

… dotée d’une magnifique palme.

Combe palme

La trochure

La distinction entre fourche et empaumure devient d’autant plus délicate quand il y a présence de la trochure. Selon le Grand Larousse Universel, la trochure est le «quatrième andouiller des bois du cerf, situé avant l’empaumure.» Cependant, dans son sens primitif, trochure signifiait couronne à trois pointes. Le maintien de cette ancienne définition aurait permis de faire une transition de vocabulaire entre la fourche et l’empaumure, évitant ainsi une dichotomie trop marquée entre ces deux formes sommitales. En ce qui concerne la fourche, celle-ci peut se présenter selon deux positions différentes – parallèle ou perpendiculaire à la ligne dorsale. De nombreux auteurs pensaient jadis que la première disposition était préférable à la seconde. Pour étayer cette affirmation, ils s’appuyaient sur les statistiques qui semblaient indiquer que la majorité des trophées médailles d’or présentaient une empaumure où la partie avant était parallèle à la chevillure, donc à la ligne de dos. Dans ces conditions, il valait donc mieux que, dès leur plus jeune âge, les cerfs soient dotés de fourches parallèles à la ligne dorsale.

On peut toujours faire dire ce que l’on veut aux statistiques. Cependant, en matière de géométrie des fourches et des empaumures, l’expérience montre qu’il n’est pas facile de tirer des lois générales quant à la progression temporelle de la typologie de la ramure.

Belle empaumure en forme de calice où les sept épois composent une main ouverte vers le haut.

Cerf ampaumure

L’empaumure

L’empaumure, quant à elle, compte généralement de trois à quatre, voire six pointes – les épois – qui peuvent être disposées en forme de calice ou d’échelle. Dans le premier cas de figure, l’empaumure forme une espèce de main tournée vers le haut avec une ouverture plus ou moins accentuée. Dans le deuxième cas, les épois sont arrangés les uns au-dessus des autres soit de façon simple, soit en formant éventuellement de temps à autre une double fourchette. Parfois, les épois sont reliés entre eux par une palme plus ou moins importante qui embellit et renforce le volume général du trophée.

Si la belle empaumure fait rêver de nombreux chasseurs, l’enfourchure fait néanmoins partie du patrimoine naturel du cerf élaphe. Cette acceptation de la diversité de la nature vaut bien mieux que toutes les tentatives qui ont visé souvent vainement à obtenir systématiquement de grands cerfs munis de splendides empaumures.

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Texte et photos Daniel Girod

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