Alors qu’il est né «chasseur», l’homme a beaucoup de mal à conserver ce statut en ces temps modernes, de plus en plus en phase avec une écologie bureau­cratique dictée par les milieux ultra-­protectionnistes. Toutes les occasions sont bonnes pour lancer des attaques contre notre activité, telles celles qui cherchent l’abolition pure et simple des autorisations de tirs accordées à d’autres personnes que celles mandatées par l’Etat en charge du secteur faune. La protection des cultures contre les déprédations de la faune sauvage, la régulation des espèces en faveur d’un bon équilibre, ainsi que les prélèvements légaux sans mise en danger des populations ne sont plus considérés comme des actions purement cynégétiques. En l’absence de faits divers sanguinaires contre les animaux et de battues destructives, on trouve toutes sortes de sujets critiquables pour réanimer la polémique. Certes, notre corporation n’a pas toujours su appréhender les effets négatifs de la chasse, et si des exagérations en matière de prélèvements ont effectivement été constatées, la législation helvétique veille au grain depuis déjà fort longtemps. Mais on le voit bien, on nous surveille, on nous demande toujours plus en matière de connaissances, on exige des contrôles de sécurité dans les tirs, on doit bientôt prouver que nous sommes capables d’utiliser un auxiliaire canin, qui doit lui aussi être apte à chasser! Certes, à la chasse on doit voir ses congénères et être vu soi-même, cela tombe sous le sens, mais si les équipementiers se sont donné beaucoup de peine pour fabriquer des vêtements «camouflés», on doit maintenant porter des habits orange pétant. Il serait bon dans ce domaine de faire plus d’information aux promeneurs et autres champignonneurs avec qui on partage la forêt l’automne venu.

Pléthore et scandales

L’absence totale de chasse dans des secteurs, plus ou moins étendus, a presque toujours débouché sur un déséquilibre de la grande faune, parfois aggravé lorsque le système s’installe.

L’exemple genevois est révélateur, ainsi que l’explosion de la population des cerfs dans le parc national ou le gazage des oies hollandaises ne sauraient le contredire.

Le manque de contrôle et d’interventions dans les cas de pléthore peuvent être encore plus négatifs si des épizooties prennent le dessus.

Dans les super réserves de grand gibier en montagne, les chamois et les bouquetins deviennent très vulnérables dès que l’espèce se retrouve pléthorique.

Qui pourrait se féliciter de cette horrible régulation, par hélicoptère, des bouquetins du Plateau des Glières en Haute-Savoie?

Combien de populations de chamois auraient pu être sauvées de la kérato-conjonctivite si une régulation intelligente avait été mise en place?

Certes, ces sujets délicats ont déjà été largement débattus, mais il semble que les protecteurs des animaux hypersensibles n’ont pas encore compris cela, et que leur haine pour la chasse et les chasseurs est plus forte que la raison.

Les cygnes tuberculés, devenus trop nombreux, parfois agressifs, sur certains plans d’eau helvétiques, provoquent des débats très chauds sur la scène du Conseil national et celle du Conseil des Etats.

Ce printemps, nous avons occupé des gîtes en Haute Normandie, appartenant à un agriculteur éleveur de bovins, qui se plaint beaucoup d’une trentaine de cygnes qui squattent ses pâtures pendant deux à trois mois. Leurs déjections sont semble-t-il porteuses de maladies transmissibles au bétail et seuls nos chiens ont réussi à les déloger pendant notre séjour! Sans vouloir les supprimer, l’éleveur serait favorable à une régulation de ces oiseaux.

Et voilà que le Conseil de l’Europe s’en mêle!

Les événements très violents de ces quinze derniers mois, engendrés par le terrorisme international, soulèvent beaucoup de questions sur la détention d’armes par des particuliers. Les multiples conflits armés de certains pays d’Europe, ceux de l’Orient et la forte criminalité américaine ont amené beaucoup de personnes à assurer leur propre sécurité en achetant des armes. Le commerce illicite des armes à feu existe depuis de très nombreuses années et il est malheureusement facile d’acquérir des armes automatiques et de poing. Ces «outils» ne sont plus d’éventuelles menaces, ils entrent directement en scène à n’importe quels moments lorsqu’ils sont en main d’individus sans état d’âme et deviennent très meurtriers aux quatre coins du monde. Aux USA, la grande liberté de commerce des armes à feu est encore encouragée par le fait que tous les citoyens peuvent en porter une pour leur autodéfense. Actuellement, on tente bien un retour au contrôle plus strict du port d’arme, mais l’autorisation tacite dure depuis si longtemps que le législateur peine à s’imposer.

Très récemment, la Fédération nationale des chasseurs de France a ­publié un communiqué important, émanant du Comité Guillaume Tell du 2 juin 2016, communiqué qui fait trembler les tireurs sportifs et les chasseurs. En effet: «Le Conseil européen déclare la guerre aux tireurs sportifs et aux chasseurs! Au nom de la lutte contre le terrorisme et le crime organisé, la présidence hollandaise du Conseil a soumis des propositions inadmissibles aux vingt-huit Etats membres. A la dernière minute et sans la moindre concertation, la présidence hollandaise vient de prendre pour cible les tireurs sportifs avec des nouvelles contraintes. En parallèle, le même acharnement a lieu contre les chasseurs en supprimant purement et simplement la catégorie D, afin que toutes les armes, y compris celles de chasse déjà soumises à enregistrement, passent dans un régime lourd». Avec 1’200’000 pratiquants, la chasse est le troisième loisir préféré des Français. Les Anglais n’auraient-ils pas raison de se sortir du dictat européen?

Retour de chasse: «On doit maintenant porter des habits orange pétant!»

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Quelques problèmes suisses

Déjà critiquée depuis de nombreuses années, dans des secteurs où la chasse de la sauvagine autour d’étangs et de plans d’eau de faible profondeur utilise de la munition au plomb, cette chasse tend à être interdite pour la sauvegarde des ­oiseaux. Chez nous, c’est ­aussi le cas, mais on en arrive aussi à remettre en question le tir à balles à ogive contenant du plomb, qui cause la mort de certains rapaces, tels les aigles royaux et les gypaètes barbus qui sont charognards. Les hiboux grands ducs, qui ne le sont pas, seraient moins pollués par le plomb (teneur en plomb mesurée dans les os). Des études pointues et comparatives ont été menées par des scientifiques de différents pays sur les munitions sans plomb. Cette affaire m’interpelle en raison du fait que les aigles, qui meurent à cause du gibier ingéré pendant ou après la chasse, pourraient mettre en évidence une «certaine» quan­tité d’animaux blessés, susceptibles de nuire aux grands rapaces?! Les efforts entrepris pour vendre dans le commerce de la munition sans plomb sont actuellement évidents, et pour les balles on propose également une munition plus légère et pas polluante, mais tout aussi performante. Pour la grenaille, les billes d’acier nécessitent l’utilisation de fusils à canons résistant à ce métal, pour les «plombs» au bismuth, il semble que l’efficacité n’est pas très évidente. ChasseSuisse a pris position en encourageant les chasseurs à utiliser de la munition sans plomb chaque fois que faire se peut.

On débat aussi dans plusieurs pays sur l’utilisation de fusils munis de silencieux, système actuellement interdit en Suisse. En Allemagne et en Autriche, les arguments concrets avancés sont en particulier la diminution de la pollution sonore. On peut imaginer que certaines chasses à proximité d’agglomérations urbai­nes seraient plus discrètes et que celles de nuit, autorisées dans certains cas, y trouveraient une meilleure efficacité.

Bonnes et belles chasses…

Après la lecture de ce qui précède, il me reste à souhaiter que cette future nouvelle saison cynégétique réserve à tous les acteurs d’intenses émotions, qu’elle se passe sans heurts ni malheurs, dans le res­pect des lois et celui du gibier, et que notre activité favorite conserve ses lettres de noblesse et réfute les fausses accusations trop souvent lancées par ceux qui n’ont pas la chance de la connaître!

Texte et photos Alain Rossier

Une réponse

  1. Marc Parent

    Je ne peux qu abonder a la lecture ce cet article.
    La chasse pratiquee en Suisse est une ” activite d interet public “. C est d ailleurs le titre de mon prochain article que je soumettrai pour la revue Diana.

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