Elles sont toutes extraordinaires, mais la chasse en haute montagne reste la plus belle. Non pas tellement par le gibier qu’il est possible de prélever car il se fait de plus en plus rare, mais par l’existence d’ingrédients conduisant à une beauté totale. Une chasse qui pousse son adepte à affronter une cascade de défis. L’affût, l’approche, l’identification, le tir, peut-être le prélèvement et ensuite le déplacement pour le rapatriement de l’homme, du matériel et du butin éventuel, tous ces épisodes font partie intégrante de la pratique de la chasse en altitude comme ailleurs. En haute montagne, ils prennent une dimension particulière et mettent souvent le chasseur en présence d’une responsabilité individuelle qu’il doit assumer seul. Une multitude de choix s’offre sans cesse à la décision du montagnard. Cela existe aussi en basse altitude, mais les conséquences d’une mauvaise option sont décuplées en haute montagne. Quel parcours emprunter ? Quelle vire escalader? Quel vide éviter ? La pluie, la neige, les revers glacés, toutes ces questions et conditions rendent palpitantes la traque du chamois. Mais il y a plus ! Le grand ciel bleu, les sommets enneigés, les myrtillers et les genévriers qui parent la nature de leurs rouges et vertes couleurs automnales, et ne lassent pas le plaisir des yeux pour qui sait observer. La gentiane et l’edelweiss participent à la fresque en y apportant leurs parures jaunes et blanches. La solitude dans l’immensité des criques et des combes ou sur les pointes et les arêtes est atténuée par la présence du bouquetin, par le vol du gypaète ou encore par les cris stridents de la marmotte. Les corvidés ne sont pas en reste, et le renard déambule en se faufilant parmi la plus haute végétation ou entre les rochers du pierrier. Pas de route, donc pas de véhicules ! Seuls parfois certains engins volants ou les quelques grondements du glacier perturbent le calme ambiant. Quelques rencontres à distance font soulever la casquette ou le chapeau pour signaler sa présence ou simplement dire bonjour. Si elles se rapprochent, la poignée de mains reste sincère et le discours courtois. Point de goujat se croyant en domaine conquis pour vociférer «Dégage de là». Seule la nature s’arroge ce droit en disant «Attention, les éléments vont se déchaîner ! La nuit va tomber et la lune restera endormie! Alors, il est temps de rentrer, et n’oublie pas de revenir !». Voilà pourquoi c’est la plus belle !

Chasie

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