Direction le Canada, à 100 km du pôle Nord, à Grise Fiord. C’est la communauté inuite la plus au nord et la plus petite : cent vingt habitants. Trois jours de voyage depuis le Maroc où je réside, une grande aventure.

Tom, mon guide inuit, m’attend sur la piste et me conduit dans une modeste maison d’hôte pour vérifier mon matériel. Avec mon équipement polaire, je pèse 20 kilos de plus, sans compter le fusil, un vrai calvaire pour marcher. Je glisse tous les vingt mètres car mes bottes sont en peau sans semelles dures. Quant à l’odeur qui m’enveloppe, il faut s’y faire…

En avril, il fait jour 24 heures sur 24, impressionnant. On voit le soleil nous tourner autour, sans jamais disparaître.

Vers 20 heures, nous partons en traîneau. Celui-ci est tiré par douze chiens, des bêtes féroces ! Impossible de les caresser, ils ont été élevés à la dure. Un autre traîneau nous suit avec l’équipement, tente, nourriture et sacs.

Nous sommes donc trois hommes, le guide, l’assistant sur l’autre traîneau et moi-même, perdus dans l’immensité. Dehors il fait –27 degrés (…).

Pour déjeuner, on sort de la tente couper de la viande congelée. Il y a le choix : du bœuf, du morse, de l’ours, du caribou… Pour boire, il faut faire bouillir de l’eau et l’avaler rapidement, car à –7 degrés sous la toile, tout gèle.

Une semaine passe. L’équipe, de plus en plus fatiguée, voit des ours mais impossible de les approcher. Le onzième jour de chasse, enfin un ours…

Il ne nous a pas vus. Il chasse. Sa taille est très moyenne, mais c’est un vieux mâle. On voit sur son museau les traces de combat. C’est un solitaire. Je ne fais pas le difficile, c’est presque la fin de la chasse et je dis à Tom que je veux le tirer : on approche tout près, à une trentaine de mètres en rampant sur la glace. Je regarde cet ours dans mes jumelles et je profite de ce moment. J’ai traversé la moitié de la planète et je veux savourer. Au bout de quelques secondes, l’ours décide de marcher et vient de trois quarts vers nous. Mon arme est chargée et je suis prêt. Il s’arrête à 15 mètres et nous regarde, son instinct l’a mis en éveil. J’en profite pour tirer et le touche un peu bas. Je fais feu à nouveau et il s’écroule. Je suis très ému, je m’approche de l’animal et réalise combien il est impressionnant. C’est un vieil ours, il est maigre, ses dents sont cassées. C’est un prélèvement parfait.

Texte et photos proposés par Eric Joly

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