Réputée à la fois pour la richesse de sa flore et de sa faune, la combe de l’A se situe entre le val d’Entremont et le val Ferret. Elle confine au col du Névé de la Rousse, passage entre la Pointe des Six et la Tsavre pour s’ouvrir une dizaine de kilomètres plus bas, à vol d’oiseau, en aval de Liddes. Ce vallon forme une entité parfaitement circonscrite dans le territoire décrété district franc fédéral compris entre les Dranse de Ferret et Entremont, depuis Orsières, son point le plus bas, jusqu’au torrent de la combe des Planards.

La combe de l’A à l’époque du rut.

Dès la fonte des neiges, la combe de l’A attire de nombreux promeneurs et naturalistes, cela surtout depuis la fin des années soixante, lorsqu’il a été question de l’inscrire dans la liste des zones bénéficiant d’une totale protection. Après la publicité qui lui a été consacrée, chacun voulait découvrir cet idyllique vallon. C’est vers la fin du mois de septembre, plus particulièrement dans la zone forestière, lorsque la symphonie des couleurs automnales débute par de timides teintes rouille, jaune et rouge, lorsque les mélèzes commencent à se couvrir de paillettes dorées, que la combe connaît la plus grande affluence alors qu’aux alentours, la montagne a retrouvé son calme. C’est la période la plus favorable pour l’observation des cerfs, car le début de l’automne coïncide avec l’époque du rut.

Cerfs dérangés traversant le Grand Chenau sous la Tour de Bavon.

Les biches donnent l’alerte

Dans l’air vif du petit matin, un cri se fait entendre loin à la ronde dans la forêt. C’est l’appel du cerf à la recherche des biches, le brame, fusion entre le beuglement du taureau et le rugissement du lion qui attire chaque année, à pareille époque, le naturaliste amateur de cette fascinante ambiance. C’est la saison la plus favorable de l’année pour l’observation du roi de la forêt. Habituellement discrets, craintifs et méfiants, les cerfs deviennent bruyants et belliqueux durant le rut et ne redoutent plus de se montrer à découvert, entièrement occupés à faire leur cour. L’instinct amoureux diminue leurs sens et la présence des biches leur fait oublier la grande méfiance qui les caractérise durant le reste de l’année.

La biche, toujours prête à donner l’alerte.

Chaque automne, les mâles sont fidèles à leur place de brame, mais les scènes auxquelles ils se livrent dans la lumière du couchant ou du petit matin ne vont pas sans provoquer de fâcheux débordements de la part des badauds friands de ce spectacle. Des véhicules stationnés un peu partout le long des routes forestières débarquent des personnes dont beaucoup se conduisent en indésirables dans les forêts. Pour l’observateur discipliné et respectueux des lieux, aucun problème. Par contre, le comportement sans retenue de certains «naturalistes» armés de caméras, d’appareils photos ou encore de magnétophones, peu habitués aux observations discrètes, gênent le rut provoquant ainsi la fuite des bêtes.

Lorsqu’ils ne sont pas dérangés, les cerfs brament quasiment sans interruption dans la combe, se répondant même d’un versant à l’autre quand le rut culmine. Mais si les mâles perdent de leur méfiance durant cette période, les biches, dont l’ouïe est très fine, restent toujours sur leurs gardes et donnent l’alerte au moindre bruit suspect.

Importunés, chassés sans cesse de toutes parts, les hardes se disloquent. Beaucoup de biches n’étant plus «hardées», le rut qui risque d’être faussé pourra provoquer des effets négatifs sur les descendances. En cet automne ensoleillé où les cerfs de la combe de l’A vivent la saison des amours, ils se passeraient bien de la présence de nombre de ces curieux qui perturbent leur rut.

Texte et photos Georges Laurent

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