Ce phénomène au demeurant atypique de l’espèce cerf n’en est pas moins pour autant possible. Examinons tout d’abord le rythme de l’évolution des bois d’un coiffé durant ses deux premières années de vie.

Mais, avant tout, il est important de signaler que les pivots sont déjà présents alors que le futur coiffé en est seulement à sa vie intra-utérine. En effet, entre cinquante-cinq et cent cinquante jours de gestation, les pivots se différencient à l’intérieur de l’utérus de la biche. Après la naissance, les pivots se développent par une ossification membraneuse à partir d’une région bien spécifique de l’os frontal. La croissance des pivots commence réellement à partir
de l’âge de 7 mois sous l’influence de la testostérone.

Des pivots très hauts, des meules et une amorce d’andouiller de massacre peuvent encore laisser supposer que l’animal est dans sa deuxième année…

… mais l’examen de sa mâchoire montre qu’il s’agit d’un subadulte: troisième prémolaire bilobée et troisième molaire sortie.

 

Pendant cette période qui va de six à douze mois, l’animal porte le nom de hère. Lorsque les pivots atteignent 25 millimètres, l’os spongieux apparaît au centre d’une matrice cartilagineuse. Vers 13 mois, après cinq mois de croissance, les pivots qui mesurent de 25 à 40 millimètres ont atteint leur longueur maximale. Le capital pivot est donc variable d’un individu à l’autre. Cela signifie que la possibilité de donner un âge à un cerf en mesurant ses pivots est totalement illusoire. Du point de vue physiologique, la peau qui recouvre les pivots subit des modifications histologiques pour devenir des velours. La formation des bois et des velours va se faire respectivement à partir du pivot et de la peau.

De 5 à 50 cm…

A partir du moment où le jeune devient daguet, à savoir un an après sa naissance, ses bois vont croître de façon régulière pour aller vers leur apogée. En juillet – août, les bois du daguet sont encore sous velours. Là encore, leur longueur est très variable d’un individu à l’autre. Les bois peuvent mesurer entre 5 et 50 centimètres. A partir du mois de septembre, le daguet commence à dépouiller ses velours. En octobre – novembre, les bois sont nus et n’ont pas de meules. A partir du mois de mars de l’année suivante, l’animal dans sa deuxième année perd ses bois. Il rejoint alors le cycle des cerfs adultes qui jettent leur ramure entre février et avril. Animaux les plus jeunes parmi les coiffés, les daguets perdent leurs bois en dernier. La première fracture des pivots va donner les premières meules de la vie du cerf mâle.

Cependant, le cycle de l’évolution des bois ne respecte pas toujours la normale en la matière. En effet, certains hères peuvent pousser deux petites dagues dès le début de la croissance des pivots, c’est-à-dire à partir du septième, huitième mois. Mais au lieu qu’elles continuent à pousser lentement et régulièrement jusqu’au mois de juillet de l’année suivante, ces dagues vont croître rapidement sous velours pendant l’automne. Ces petits bois sont dépouillés en janvier – février alors que l’animal a seulement 9 à 10 mois. La chute de cette coiffure atypique intervient en mai alors que le jeune mâle est âgé de seulement 1 an.

30 avril, ce daguet est sous velours.

La repousse de la deuxième tête débute alors pour être dépouillée fin août – début septembre, rejoignant en cela le cycle normal des autres daguets. Néanmoins, ce daguet particulier en est déjà à sa deuxième tête alors que les autres en sont seulement à la première. Les bois de ce mâle atypique portent par conséquent des meules, caractère qui le différencie de ses autres congénères du même âge. A 18 mois, il a déjà des meules. Au niveau de sa mâchoire, l’atypisme continue puisqu’elle est celle d’un animal de première tête avec une troisième prémolaire trilobée et surtout la présence d’une deuxième molaire.

S’il n’est pas fréquent, le cas d’un daguet portant des meules dès l’âge de 18 mois n’est pas rarissime. Cela peut surprendre ceux qui ont l’habitude d’examiner des animaux de deuxième année sans meules, pourtant cet atypisme existe. C’est tant mieux et cela démontre que la faune sauvage sait garder ses particularismes.

Texte et photos Daniel Girod

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