L’évolution géographique voire la disparition de certaines essences forestières ainsi que la pousse anticipée de la végétation sont autant d’ingrédients qui vont nécessairement modifier le comportement des animaux.

En progressant au-dessus de 1500 mètres, l’épicéa occupe progressivement le territoire du chamois…

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Le chevreuil

Sous le titre «Le chevreuil face aux changements climatiques: une adaptation impossible?» le numéro 303 de juin 2014 du bulletin Faune sauvage édité par l’ONCFS présente une étude relative à l’impact éventuel du changement climatique sur le chevreuil. Ce travail de recherche a été effectué sur les sites de Chizé dans les Deux-Sèvres et de Trois- Fontaines dans la Marne. Entre 1988 et 2011, ce sont plus de mille faons qui ont été marqués dans un délai maximum de cinq jours après leur naissance. Premier constat, les chevrettes les plus précoces sont les plus longévives (celles qui vivent le plus longtemps) et les plus lourdes. Ceci est important car la survie des faons nés tôt est meilleure que celle des faons nés plus tardivement. D’autre part, pour une chevrette qui produit des jumeaux, le poids de ces derniers représente 12% de celui de la mère et progresse par ailleurs de 150 à 200 grammes par jour. L’étude attire donc l’attention sur le fait qu’une période d’insuffisance alimentaire lors des naissances peut mettre en péril la production de lait, et par conséquent la survie des jeunes.

… qui a tendance à s’approcher des zones périglaciaires.

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La question est donc de savoir si la végétation printanière a tendance à être plus précoce. Selon l’étude, la réponse est oui, avec ce constat «au niveau de la population, la survie juvénile des faons nés au cours d’une saison donnée baisse régulièrement avec la précocité du printemps; si le décalage augmente d’un mois, la survie des faons baisse de 40%.» Ce phénomène est dû au fait «que la qualité de la végétation est maximale dans les jours qui suivent son débourrement et se dégrade ensuite progressivement.» Du point de vue des statistiques, la précocité du printemps mesuré sur le site de Trois-Fontaines entraîne une baisse annuelle moyenne de l’accroissement de la population qui avoisine les 6%. Le taux de multiplication est ainsi passé de 1,23 à 1,07 en l’espace de vingt-sept ans.

Le document de synthèse se termine sur cette note pessimiste «Aussi, l’incapacité constatée du chevreuil à faire face à l’avancée du printemps pourrait placer l’espèce en difficulté et marquer le ralentissement de la formidable progression qu’elle a connue à travers toutes les forêts d’Europe au cours des dernières décennies. Il n’est d’ailleurs pas impossible que la saturation plus ou moins marquée des prélèvements cynégétiques enregistrée depuis une vingtaine d’années dans de nombreux pays d’Europe – dont la France – soit en partie liée au changement climatique.» La pousse anticipée de la végétation semble donc être un facteur défavorable au grand gibier pendant la période des naissances.

La régression du hêtre, donc de la production de faînes, sera forcément préjudiciable aux grands cervidés.

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Le sanglier et les cervidés

Qu’en est-il maintenant de la pérennité des essences forestières? Selon une étude publiée par la Revue Forestière Française, «la diminution des surfaces forestières favorables aux quatre espèces étudiées atteint pour la période 2070-2100 entre 92% et 99% pour l’épicéa, 80% et 93% pour le hêtre, 63% et 83% pour le sapin, et 43% et 83% pour le chêne sessile.» Certes, l’horizon semble éloigné, il n’y a cependant que cinquante ans qui nous séparent de la période envisagée. En France, du fait de la sensibilité au stress hydrique, la zone de présence du hêtre se réduira à l’extrême nord-est du pays. L’épicéa va quant à lui quasiment disparaître au-dessous de mille cinq cents mètres d’altitude car il ne supportera pas le stress thermique. A contrario, certaines essences vont largement profiter de l’élévation des températures. C’est notamment le cas du chêne vert et du houx. Pour le premier nommé, il gagnera trois degrés de latitude nord d’ici dix ans si les températures continuent leur progression actuelle. Quant au second, il va poursuivre inexorablement sa conquête des espaces forestiers. Si la propagation du chêne vert va automatiquement engendrer une formidable augmentation des populations de sangliers, la régression du hêtre sera très néfaste aux cerfs et aux chevreuils qui raffolent des faînes tout au long de l’automne, de l’hiver et du début du printemps. En montagne, la végétation arbustive va continuer son évolution actuelle, à savoir une montée en altitude pouvant se concrétiser par un gain de deux cents, voire trois cents mètres de dénivelée.

La survie juvénile des faons de chevreuils est liée à une bonne synchronisation entre les naissances et la végétation printanière. Ici un 20 mai à 1600 mètres d’altitude.

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Les prémices déjà constatés sur différents biotopes montrent que l’impact du réchauffement climatique va sans doute remodeler progressivement la distribution géographique des grands ongulés, qui va évoluer à la fois en latitude et en altitude.

Texte et photos Daniel Girod

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