Le nom de ce lieu n’implique aucune recherche étymologique. L’arole, qui entoure la station de tous côtés, est le seul arbre de cette taille qui supporte la rudesse du climat de ce vallon dont la base affiche 2000 m d’altitude, et les crêtes qui cernent cet écrin isolé du monde, proches de 4000 m. Face à un arbre millénaire, dont les fortes racines embrassent un bloc rocheux de plusieurs mètres pour s’implanter dans un sol maigrement nourricier, et le tronc tortueux qui porte les cicatrices de la rudesse des éléments naturels, on s’incline avec un respect qui interdit d’y toucher.

Le hameau de Ouartsé et le Pigne d’Arolla.

Nature et paysage

Dès la station franchie, le vallon d’Arolla laisse une impression de cirque coupé du monde, sculpté au cours de quelques millions d’années, rongé par les glaciers aussi puissants que patients. La végétation s’y trouve souvent rampante, les arbres émergents étant gobés par les avalanches insensibles aux effets de leurs droits de passage, hormis l’arole dont la souplesse permet de supporter les bousculades et de réparer les dégâts en mission continue.

Le décor du vallon d’Arolla est des plus impressionnants par la continuité des parois rocheuses qui l’entourent de tous côtés et enserrent avec parcimonie sa base offerte à la végétation.

La remointse de Pra Gra et le Mont-Collon.

L’alpage de l’Etoile et la chaîne des Veisivi.

Le cercle alpin

– La longue chaîne des Aiguilles Rouges, dont les crépuscules particulièrement éclairés laissent l’impression d’une lumière incorporée dans la roche, sépare le vallon d’Arolla de celui de Grande Dixence.

– La chaîne des Veisivi en fait autant sur la rive droite, ses sept pointes entre la Petite Veisivi et l’Aiguille de la Tsa marquant la limite avec le vallon de Ferpècle.

– Les massifs les plus imposants font frontière avec l’Italie. Le Mont Collon et le Pigne d’Arolla tolèrent de sinueux passages glaciaires exploités depuis longtemps entre Arolla et le val d’Aoste. Leurs crêtes sommitales complètent la blanche couronne royale qui encadre le vallon d’Arolla.

– Ce cirque mêlé de roche et de glace abrite précieusement des beautés dont Dame Nature a généreusement doté ce bout du monde. La marmotte rocheuse sculptée avec une patience multimillénaire au-dessus de Satarma laisse le sentiment d’une mère attentive à la sécurité des modestes bâtisses qu’elle abrite. Au-dessus d’elle, une dépression creusée par la première glaciation a offert son gîte au lac Bleu dont les reflets célestes ne cessent d’ébahir les processions de promeneurs.

– En période froide, les parois glacées au bas des Veisivi assouvissent les capacités sportives des grimpeurs qui jouent les araignées sous les yeux stupéfaits des spectateurs occupant les premières loges sur la rive opposée. Les moins audacieux s’éclatent à ski ou à peaux de phoque sur la neige naturellement cristalline qui, dès les bourrasques de novembre, prend la place de l’herbage estival sur les pentes modérées.

 

Les habitants et leur genre de vie

La population locale, installée à demeure à Arolla depuis le début du XXe siècle et la découverte de la vocation touristique de cette région, porte les symptômes de la rudesse naturelle de cette région. Six mois sous la neige puis un jour sur trois rincé par l’orage et l’averse propres à ces fonds de vallées constituent le lot annuel ordinaire de la vie en ces lieux. La météo y joue un rôle déterminant tant dans sa fourniture de neige et de glace que de soleil pour en jouir. Les résidents se forgent une stature adaptée à leur fonction professionnelle évolutive selon les périodes de l’année. A part les commerçants, les professeurs de ski se muent en guides de montagne, voire même en paysans attachés à la race des combatives vaches d’Hérens.

Les habitants d’Arolla conservent naturellement les us et coutumes transmis par leurs devanciers. Le patois demeure de mise dès que la discussion se pratique entre personnes indigènes. Son maintien s’appuie encore sur une situation identique au bas du versant sud dont les Valdotains partagent un langage commun parfaitement compréhensible de part et d’autre. Ce phénomène repose sur les relations ancestrales qui liaient Evolénards et Valdotains, dont les échanges commerciaux étaient fréquents grâce aux commodités offertes par le col de Collon, même pour le transit du bétail.

Dominant Satarma, la marmotte sculptée dans le rocher.

Il en va de même pour le logement qui repose sur la pierre abondante dans la région et complétée par le mélèze et l’arole chargés de rendre les chambres plus chaleureuses. Contrairement au reste du val d’Hérens dont les toitures étaient le plus souvent en bardeaux ou tavillons, les habitations de la région d’Evolène sont couvertes en dalles de pierre, exploitées puis fendues sur place. Les autres communes hérensardes ne disposent pas naturellement de ce type de roche.

L’habillement des résidents d’Arolla, bien que modernisé grâce aux nouvelles matières disponibles, s’inspire toujours des formes et coloris du passé. Les costumes d’Evolène, particulièrement ceux des dames, varient selon les fêtes et événements personnels. Ils comptent sans conteste parmi les plus décorés des Alpes.

Les habitants d’Arolla ne sont pas seuls à aimer leur vallon. De nombreux propriétaires de vaches de la race d’Hérens, dont Evolène compte parmi les régions les plus importantes du Valais en la matière, rejoignent leur mayen un mois avant l’inalpe et le retrouvent pour quelques semaines après la désalpe qui intervient dès la mi-septembre. La vie au mayen, parmi les fleurs alpines au printemps et les forêts aux teintes chaleureuses en octobre, est le cadeau annuel pour le paysan qui ne trouve guère de temps pour des vacances à l’étranger. Le tourisme, tant estival qu’hivernal, complète la présence humaine pour les mêmes attraits.

Féerie automnale au mayen de la Mairesse.

Les trois sports hivernaux, à savoir le ski de piste, le ski de fond et l’attaque des parois vertigineuses, font suite aux trois principaux sports de bonne saison qui attirent les amoureux de la marche en moyenne montagne, les alpinistes attirés par un sommet de rêve, et enfin les adeptes de la grimpe aussi vertigineuse à la montée qu’au retour.

Pour la fine bouche, Arolla est encore au cœur de la Patrouille des Glaciers dont elle occupe la position centrale, tant pour la frontière des deux types de parcours que pour l’approvisionnement et la sécurité.

Texte Narcisse Seppey, photos Georges Laurent

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.