Le milieu aquatique présente un avantage essentiel pour ceux qui y vivent : il offre la possibilité de se cacher aux yeux envieux des prédateurs, si la turbidité est suffisante. Aussi l’eau a-t-elle une importance capitale pour le poisson, amie aussi pour le pêcheur, car de sa qualité dépend la méthode de pêche et l’espèce d’appât ou de leurre.

La première chose que le pêcheur devrait apprendre avant de pouvoir pratiquer sa passion avec réussite et satisfaction, c’est la lecture de l’eau. Quand on arrive sur les berges d’un cours d’eau, d’un étang ou d’un lac, il n’est pas utile de se précipiter fébrilement sur le matériel et de plonger sa ligne sans réflexion. Dans ce cas, il y a gros à parier que la nervosité va engendrer une foule d’ennuis et d’énervements. Il est primordial d’estimer la quantité des eaux (grosses ou basses), leur couleur, leur turbidité, ce qu’elles charrient, la vitesse du courant, etc. Généralement, c’est vite fait, car nous pratiquons le plus souvent des endroits que nous connaissons bien et dont les conditions sont répétées selon les caprices de la météo et au fil des saisons.

L’eau peut être : cristalline, claire, louche, «cassée», trouble, boueuse et «épaisse». Le comportement du poisson varie selon ces qualités, allant de l’extrême prudence à la témérité suicidaire ; la «faim» justifie les moyens.

A l’aube, l’ancolie marque le passage vers l’embouchure.

Claire et cristalline

Quand l’eau est transparente et de plus par une journée ensoleillée, les poissons se cachent dans les trous, sous les troncs et les berges creuses, particulièrement la truite qui a toujours un refuge «privé». Même à bonne distance, l’ombre ou seulement une silhouette mouvante l’effraie. Elle ne sort qu’à la nuit tombée, profitant de la lumière de la lune pour se nourrir. Il faut donc pêcher avec du fil fin et laisser dériver l’amorce au gré du courant ou alors pêcher à la mouche ou aux leurres.

Trouble et boueuse

«Trop épais pour bien naviguer dessus, trop liquide pour cultiver» disait le capitaine du Daisy Belle. Dans cette eau chargée, les poissons ne sont pas à l’aise, surtout ceux qui ont besoin de beaucoup d’oxygène ; les fins déchets et les sablons charriés leur liment les branchies. La truite cherche des eaux plus salubres, notamment dans les embouchures de rivières où elle a le choix d’eau plus claire. Les autres espèces font les morts dans leur abri.

Louche, cassée

C’est la flotte idéale. Avant l’orage, la pluie arrosant la vallée plus haut, au moment où l’eau commence à se troubler, à entraîner des feuilles sèches et des brindilles ou après le gros de la pluie, à la décrue, les poissons sont fous et pourchassent toute la vermine arrachée aux berges. C’est le temps idéal pour la pêche au ver de terre. Pour les lacs et les étangs, c’est en tout point pareil, la pluie rabat les insectes à la surface. La pêche à la perche par temps d’orage, c’est assurément «panier plein».

Une truite typique de rivière claire avec son ventre jaune verdâtre, ses points noirs et rouges.

Tout s’allume…

Nous sommes bredouilles depuis l’ouverture (deux mois), encore que j’avais sorti une trop petite qu’il fallut remettre à l’eau. Fière victoire ! Enfin une main qui sentait le poisson… mais le panier n’était pas encore sale d’une seule écaille.

Avec les masses de neige qu’il est tombé cet hiver, le Rhône charrie une mélasse bien collante et si par malheur on y trempe la ligne, elle se charge d’algues et de débris. C’est donc le moment de faire les embouchures, car les rivières sont plus claires et les truites viennent se réfugier dans la mêlée. Elles restent dans le trouble, à l’affût, et chassent tout ce qui passe dans leur zone de vision.

Dimanche dernier, nous partons, Francis et moi, déjà bien dubitatifs en supputant une nouvelle «pomme». Je le dépose dans son coin de prédilection, puis commence ma vadrouille halieutique. Avisant l’embouchure d’une rivière, dont je tais le nom et pour cause, je constate que celle-ci dirige vers le Rhône une eau légèrement louche, juste comme il faut, je lance ma ligne et la laisse dériver en arc de cercle à la limite des jus. Premier lancer… Toc toc, en voilà une «qui sonne à la grille du parc», je lâche le fil un instant et ferre. En voilà une jolie qui se débat comme une diablesse. Une solide truite, juste à la taille de ma plus grande poêle. Deuxième lancer… une plus grosse… Troisième tentative… encore une toute belle, quatrième lancer… encore une de superbe dimension. Je pense alors faire profiter mon ami Francis de cette pêche miraculeuse. Coup de pot, il arrive à ce moment, dépité, sans en avoir touché une. Je lui dis d’envoyer sa ligne tout comme je l’avais fait. Catastrophe ! Plus une touche. Une demi-heure plus tard, nous plions bagages, mon panier bien rempli et lui rigolant de sa nouvelle bredouille.

Tout s’éteint…

Sans forfanterie de ma part et Francis tout de même joyeux, nous sommes allés fêter ce demi-exploit avec les traditionnels trois décis de Johannisberg qui ponctuent invariablement nos sorties, pêche ou pas pêche, des prises ou des bredouilles… Et le pire, nous en buvons aussi trois en allant acheter les teignes.

Texte et photos Michel Bréganti

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