Cette sentence figure dans une encyclopédie pratique du naturaliste sur les oiseaux éditée en 1923 et rédigée par le comte Delamarre de Monchaux. Les diverses espèces de grives étaient très appréciées par les Romains qui les capturaient pour les regrouper dans de vastes volières plantées d’arbres et de boqueteaux dans le but de les engraisser.

La chasse au fusil des grives n’était pas sans intérêt et, à divers titres, ces volatiles étaient très recherchés par les amateurs de gibier. Certains appréciaient tout spécialement les litornes, très friandes des baies du genévrier qui donnaient à leur chair une saveur particulière. Protégées sous nos latitudes, les grives sont encore chassées autour du bassin méditerranéen, en Espagne, en Italie et dans le sud de la France, notamment dans les Bouches-du-Rhône et le Vaucluse. Dans ces deux départements, selon la statistique, les grives tirées par les chasseurs représenteraient moins de 3 % de leur population.

Le comportement des quatre espèces de grives qui vivent ou migrent chez nous varie peu. Les grives draines et musiciennes peuvent parfois se confondre avec leur livrée où dominent le gris et le brun alors que celles des litornes et des mauvis sont assez différentes.

Le régime alimentaire des grives est mixte. En bonne saison, il est constitué de divers insectes, araignées, mollusques, vers, et en hiver de baies et de fruits.

La draine

De toutes les grives, la draine, la plus grande de l’espèce, est la plus farouche. Très craintive, elle se nourrit au sol, mais prend son envol à la moindre alerte pour trouver refuge dans le haut des arbres. Migratrice partielle et présente toute l’année en Suisse, elle marque sa préférence pour les forêts de conifères. Au printemps, dès les premières lumières de l’aube, son chant est l’un des premiers à retentir dans les forêts montagnardes. La grive draine joue un rôle important dans la propagation du gui. Friande de ces petites boules blanches qui abondent sur les pins sylvestres, elle était déclarée nuisible, accusée de le propager en répandant avec ses fientes les graines non digérées contenues dans les baies, qui germent ensuite sur les arbres.

La musicienne

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A la fin de l’hiver, dès son retour de migration, le chant mélodieux de la grive musicienne retentit dans les forêts pour annoncer le retour du printemps. Son chant aux strophes claires et aux sons flûtés en fait l’un des meilleurs chanteurs de notre avifaune. De taille inférieure à la draine, elle s’en distingue par le ton brun de son dos. Observée en plaine où certaines s’installent même dans les parcs et jardins ainsi que dans les bois de feuillus et de conifères, elle peut nicher jusqu’à la limite supérieure des forêts. Elle apprécie les escargots et est connue pour son comportement spécifique qui consiste à briser préalablement leur coquille sur une pierre pour savourer ensuite son contenu. Les coquilles brisées signalent ainsi la nidification de la grive musicienne dans les alentours.

La litorne

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La grive litorne est la plus colorée de l’espèce. Elle se distingue surtout par sa tête marquée de noir. Assez répandue en plaine comme en montagne, elle est connue des chasseurs sous le nom de «tiac-tiac» à cause du puissant cri qu’elle émet lors de l’envol. Originaires de la taïga sibérienne, les grives litornes se sont répandues depuis le début du XIXe siècle en direction de l’Europe de l’Ouest où elles nichent régulièrement. Très grégaires, on peut les observer durant l’hiver dans les vergers de la plaine du Rhône à la recherche des fruits pourris qui jonchent le sol. Plutôt méfiantes, elles prennent bruyamment leur envol en cas d’alerte pour se poser sur de grands arbres aux alentours, mais reviendront se nourrir dès que tout danger sera écarté.

Les mauvis

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De taille légèrement inférieure à celle des autres grives, les mauvis se différencient par leur sourcil blanc crème et au dessous des ailes orange, bien visible en vol. Habitantes typiques du nord, leur aire de répartition s’étend de l’Islande jusqu’aux régions septentrionales de la Russie et de la Sibérie. Dès le mois d’octobre, elles arrivent en bandes pour hiverner en Europe occidentale. Certaines poursuivent leur route pour s’installer autour de la Méditerranée. Dans les campagnes, les vergers et les parcs, on peut les observer en compagnie des grives litornes à la recherche de nourriture. Comme le pinson du Nord, la grive mauvis ne niche jamais chez nous et c’est en mars déjà qu’elle nous quitte pour rejoindre son site de nidification.

Georges Laurent

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