«Jne sais pas si on va prendre du poisson, mais ça vaut la peine de venir rien que pour profiter de l’endroit.» Simon Dorsaz connaît tous les petits coins de la vallée du Rhône, et il n’est pas avare de partager sa passion et son amour de la nature avec les autres. «La partie aval est une réserve, mais on peut commencer la journée ici, on va voir ce que ça donne. Il faut observer l’activité, voir s’il y a des gobages. On est peut-être un peu tôt, il faut que les larves éclosent. Mais on va quand même essayer.» Rien ne lui échappe, il connaît son sujet par cœur, et sait en parler. Il faut dire que cet enfant de Fully, aujourd’hui âgé de 35 ans et père d’un petit garçon, taquine le poisson depuis qu’il sait marcher.

De la passion à la profession

La pêche, il y est venu avec son père, comme la chasse d’ailleurs, qu’il pratique depuis une bonne dizaine d’années. Propriétaire du commerce Sim’sport à Conthey depuis cinq ans, Simon Dorsaz est depuis peu le seul détaillant spécialisé dans la pêche en Valais romand. Son créneau, le ski en hiver, et le matériel de pêche, les vêtements de chasse, les optiques et ce qui touche à l’outdoor en été. «J’étais client du magasin lorsque le propriétaire Hector Costales m’a proposé de le racheter, il y a cinq ans. Je travaillais alors dans le milieu bancaire, mais j’avais besoin d’un nouveau défi. J’ai donc saisi l’opportunité. Dans un premier temps, j’ai misé sur la continuité avec un rayon pêche très spécialisé. Par la suite, j’ai complété avec un rayon chasse. Je me limite maintenant à ce que je sais faire, et ça fonctionne plutôt bien. Dans tous les domaines, le conseil est au centre de mes préoccupations.» Remarquablement achalandée, sa petite surface démontre clairement sa connaissance pointue du domaine. «C’est difficile de tout faire, mais j’essaie de satisfaire tous les clients. La pêche à la carpe est de plus en plus pratiquée, et exige un matériel pointu et performant. Pour répondre à cette demande, je me suis décidé à créer un rayon spécifique.»

Côté chasse, il se concentre sur les vêtements techniques, la coutellerie et les optiques. «En tant que petit commerçant, il n’y a aucun intérêt à vouloir être sur tous les terrains. Par contre, en étant spécialisé avec des produits que nous connaissons parfaitement et en pratiquant des prix raisonnables, nous avons notre place.» Adepte de la chasse au chamois, il est au fait des besoins de cette activité exigeante, et met un point d’honneur à apporter des conseils éclairés à ses clients.

Au bord de l’eau

Mais c’est au bord de l’eau que Simon Dorsaz parle le mieux de sa passion. En saison de pêche, il profite de chaque opportunité pour s’y rendre. Bien que pratiquant plusieurs techniques, il est d’abord adepte de la mouche. La précision et l’aisance de son geste traduisent ses vingt ans de pratique et son sens de l’observation. Les cours d’eau semblent ne pas avoir de secret pour lui. Il soulève un caillou : «Tu vois, il y a des larves sous les pierres. Elles constituent la nourriture des truites, il y a du poisson là autour.» Son sillon fouette l’air, il donne de la soie au fil des mouvements, et celle-ci se déroule en douceur, pour déposer la mouche au plus près du dernier gobage. Après plusieurs tentatives, le leurre attire enfin une truite, qui le recrache aussitôt. Raté. Une fois, deux, puis trois échecs, sur le même poisson, à la même place. «Allons voir un peu plus haut !»

En plus d’être habile, Simon Dorsaz est excellent pédagogue, et il sait donner les conseils appropriés aux débutants, une qualité appréciable qu’il considère même indispensable, compte tenu de son métier. Il n’hésite d’ailleurs pas à accompagner les clients qui en font la demande, pour les coacher dans leur découverte de la pêche. «Pour l’heure, l’enseignement n’est pas une activité à part entière, c’est un service à la clientèle. Mais il n’est pas exclu que les choses évoluent.»

Il fait encore le constat que l’attrait de la pêche est grandissant, particulièrement auprès des plus jeunes. «Les nouvelles techniques en font un jeu ludique et dynamique, loin de l’image ’pépère’ que l’on peut se faire. Il suffit d’observer les jeunes qui franchissent la porte du magasin, avec leurs yeux qui brillent devant la diversité des leurres, pour comprendre.»

Regard éclairé

A force de côtoyer les pêcheurs valaisans, Simon Dorsaz a développé un regard plus global sur la gestion de la pêche et ses enjeux. Il est convaincu que des évolutions sont possibles et nécessaires. «En comparaison avec les autres cantons, notre système de ré-empoissonnement est très prolifique. Nous avons la chance de pouvoir compter sur des passionnés, souvent pêcheurs eux-mêmes, qui pourvoient nos eaux en nombreux poissons. Dans ce sens, je pense que nous devrions réfléchir à développer l’activité pour qu’elle devienne un atout touristique. Il faudrait évidemment une volonté politique et des moyens financiers. Mais compte tenu de notre réseau hydraulique très diversifié, l’investissement serait limité. Cette piste doit véritablement être envisagée pour développer notre tourisme estival.» Selon lui, le gain profiterait à toute l’économie de la région. Et il constate que les pays alpins qui ont fait ce choix, comme l’Autriche et la Slovénie, récoltent clairement les résultats de ce développement. Mais il reste conscient qu’un tel projet nécessite du temps, et que certaines pratiques de la gestion des cours d’eau doivent encore évoluer. L’idée mérite quoi qu’il en soit d’être creusée.

Pour l’heure, il préfère profiter du moment présent en maniant sa canne avec dextérité et précision, sans attendre coûte que coûte une prise. Il le sait mieux que personne : «ramener un poisson ne doit pas être la condition de la réussite d’une belle sortie. Le chemin qui mène à la capture est tout aussi intéressant que la capture elle-même», à l’image de cette matinée de pêche où, sans avoir «rentré» de poissons de mesure, nous sommes restés enchantés.

Texte et photos Vincent Gillioz

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.