Vaud     2010

Il faut le savoir : Aujourd'hui les chiens, demain les armes ?

Depuis l’entrée en vigueur des modifications de la loi sur la protection des animaux, chaque personne, avant d’acquérir un premier chien, a l’obligation de suivre une formation. Le suivi d’un cours est attesté par un document. Si une telle mesure appliquée là où il y a des risques peut se justifier, les conditions pour l’obtention de ce « certificat de compétences » laissent songeur.
Pour « enseigner » le b-a-ba de la détention d’un chien aux personnes intéressées, ce ne sont pas les moniteurs et juges de la société cynologique suisse, dont nos moniteurs et juges des chiens de chasse font tous partie. Non, parmi l’ensemble des instances associatives en matière canine, une seule a reçu le monopole de fixer les conditions matérielles et financières pour former et examiner les instructeurs et, bien entendu, décider et encaisser les émoluments. Si bien que, pour enseigner aux futurs acquéreurs d’un chiot, il faut être titulaire d’un brevet d’enseignant spécialisé dans la formation d’adultes et avoir suivi avec succès un cours de formation organisé exclusivement par cette association. Donc, les candidats chasseurs, acquéreurs potentiels de chiens, sont contraints, malgré leur formation attestée par la réussite de l’examen de chasse, de suivre - et payer ! - encore un autre cours.
Par manque de curiosité et/ou par un certain excès d’orgueil, nos associations de chasse n’ont vu venir ni l’ampleur ni l’impact de ces nouvelles dispositions. Elles essayent maintenant de se rattraper. Mais cela coûte cher en temps et en argent ; et les progrès, notamment pour la Suisse romande, ne sont pas fulgurants.
En 2011, l’initiative populaire fédérale « pour la protection contre la violence des armes » sera soumise au vote. En cas d’acceptation, le texte prévoit que celui qui veut détenir une arme doit prouver le besoin et certifier le suivi d’une formation, ponctuée d’un examen qui atteste sa capacité de s’en servir. Justifier le besoin par la chasse ne devrait pas poser trop de problèmes. Par contre : « Suivre une formation ponctuée d’un examen » ? Nous venons de voir ce que cela a donné pour les chiens.
Admettons un instant que cette initiative populaire soit acceptée. Il incombera alors à la Confédération de légiférer en la matière. Pour les chiens, imposer une « obligation générale » ne pose pas de problème. La loi fédérale sur la protection des animaux s’adresse à tout le monde et égratigne en rien les compétences cantonales. Devait-on craindre des répercussions sur la chasse ? A Berne et dans nos associations, la réponse était visiblement non.
Or, pour les armes, c’est un peu différent. La loi fédérale sur la chasse émet quelques directives assez larges en matière d’armes de chasse et laisse le soin aux cantons d’établir une réglementation détaillée. Donc, peu de danger que notre loi fédérale sur la chasse change. Les « nouvelles » risqueraient de venir du côté de la loi fédérale sur les armes. Il s’agit du même mécanisme que pour la loi sur la protection des animaux. Les deux textes s’adressent à l’ensemble des cantons et ne concernent pas exclusivement la chasse. Quelles seront alors les répercussions pour la chasse ?
A nouveau, il faut des instructeurs et des moniteurs reconnus capables d’instruire le maniement des armes à feu et le tir. Il faut des experts qui définissent les exigences en matière de sécurité, fixent les résultats minimaux à obtenir pour les différents types d’armes de chasse et, enfin, déterminent les obligations périodiques ou annuelles pour conserver sa « permission » de détenir et d’utiliser une arme à feu pour la chasse. Quelle instance sera déclarée « apte » à déterminer ces donnés et à organiser les cours ? Les fédérations cantonales des chasseurs, l’école de sport de Maccolin, l’école de gendarmerie à Savatan ou la société de protection des animaux ?
Nous pensons que les fédérations ont intérêt à s’occuper de cette question dès maintenant déjà. Même si l’initiative contre les armes est refusée, ce que nous espérons évidemment, elles auront besoin de structures solides, fiables et reconnues par les autorités. L’aversion croissante du public vis-à-vis du tir et de tous ce qui concerne les armes ne va pas épargner la chasse. Au contraire, elle sera la cible idéale pour des exigences et des prescriptions de plus en plus pointues. A moins qu’on nous invente la mise à mort du gibier par euthanasie. Si cette méthode ne convient ni pour les chiens méchants, ni pour leur propriétaire, pour le gibier, ça serait peut-être une solution moins bruyante que le tir…

(À suivre)
FV