Les tribulations d’une vétérinaire à la chasse…
Qu’est-ce qui m’a pris moi vétérinaire de faire mon permis de chasse ? Tout a commencé par hasard et aujourd’hui, je peux vous dire que le hasard fait bien les choses…
Un client, aujourd’hui ami chasseur, Vincent, m’a demandé si je serais d’accord d’intervenir sur les chiens dans le cadre de la formation des candidats chasseurs. J’ai dit oui, n’imaginant pas que c’était mon premier pas dans cette grande aventure. J’ai fait la connaissance d’Alain, de Fritz, de Christophe, d’Olivier, de Stéphanie et des autres ; j’arrête là la liste, la famille est grande ! Ils m’ont proposé d’aller assister à quelques cours. Alors j’ai fait le deuxième pas… J’y suis allée, curieuse : connaissance des oiseaux, des mammifères, des arbres, lecture de carte… Je rentrais la tête pleine en me disant « eh ben, ils sont un peu cinglés d’apprendre tout ça juste pour attendre au coin du bois avec son fusil… ».
Et puis j’ai soigné Cassis, la superbe chienne courant lucernois, d’un autre Vincent… Une césarienne et 11 chiots qu’il a fallu vacciner et pucer (puce électronique).
Et puis mon anniversaire… A 47 ans, on se sent un peu seule avec son coq, ses poules, son lapin et ses poneys. C’était l’heure de l’apéro, j’ai téléphoné, je voulais juste dire bonjour aux chiots. Le « collier jaune » était toujours là (pour les distinguer, les chiots portaient des colliers de couleur différente), toute timide, un peu en retrait. Comme par hasard (encore lui !) les deux Vincent étaient là et la bouteille finie, le collier jaune était dans ma voiture… alors Prunelle a été rebaptisée Mirbelle.
Et puis que faire d’un chien… de chasse… qui se marche sur les oreilles ?
Alors, un beau jour d’octobre, j’ai accompagné ceux qui aujourd’hui nous ont adoptées dans leur groupe ; c’était le dernier pas… Je suis restée prise dans les ronces, portant ma petite Mirbelle qui n’avait que 4 mois. Je suis rentrée fourbue mais ayant fait le plein de lumière, de sons et d’odeurs. Le lendemain, alors que je retirais les dernières épines de mes cuisses endolories, j’ai fait le grand saut et je me suis inscrite !
Alors, les mardis soir, j’étais pour mes patients aux abonnés absents ! J’ai suivi assidûment les cours offerts par nos amis, j’ai maudit tous ces oiseaux, ces arbres, ces fusils et ces carabines !
Et puis l’enfer, les exercices de tir ! J’entends encore leurs soupirs et leurs murmures : « peine perdue, avec celle-là on n’y arrivera jamais… » N’est-ce pas Eric ? Et pourtant aucun ne m’a laissé tomber, ils ont répété et répété encore, et à force de taper sur le clou, il entre même dans la tête la plus dure ; et parmi tous les « tapeurs de clous », celui qui menaçait de prendre le fouet… Ferdinand ! Sans qui je n’aurais pas écrit ces lignes, ou l’année prochaine…
Alors ? Alors que personne n’y croyait (moi non plus !), j’ai franchi les étapes ; certes, pas brillamment mais honorablement.
Aujourd’hui je regarde la larme à l’œil mon diplôme de chasseur vaudois. Je ne marche plus dans la forêt, je l’écoute, comme j’écoute la « musique » de Mirbelle et des autres chiens. Mais attention, il faut bien dire que Mirbelle, mon chien de salon comme ils l’appellent, est la meilleure… et sur la cheminée la cartouche du lièvre qu’elle m’a « livré » …
J’ai encore tout à apprendre et je n’ai que de bons professeurs, et de là-haut je pense que mon braconnier de papa est heureux du chemin parcouru par sa fille.
Je ne sais pas ce qui m’a pris, mais je sais que je suis bel et bien prise ! Un seul regret : pourquoi avoir attendu si longtemps ?
Alors à tous ceux que je n’ai pas nommés, aux « simples » chasseurs, aux instructeurs, aux candidats qui m’ont soutenue, aux personnes des stands de Vallorbe et Villeneuve, à ces dames qui nous ont abreuvés et nourris, à tous ceux dont le sourire a séché mes larmes …
MERCI !
Marianne Tinguely
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