Vaud     2009

Triste journée de chasse

Par une superbe journée d’octobre, notre groupe de six copains a décidé d’aller chasser dans la région de Chavannes-sur-Moudon. Notre ami Jean-Noël connaissant parfaitement les limites avec le canton de Fribourg, pas de souci, car nous ne sommes vraiment qu’à deux pas. Arrivé sur place vers 07h50, l’ambiance est comme le temps, au beau fixe. Il est décidé que le chien qui va ouvrir les festivités sera « Prune ». Laissez-moi vous décrire cette magnifique grand-mère Drahthaar de 10 ans. Elle est la propriété de notre ami Henri, mais à quelque part elle nous appartient aussi un peu, car depuis de nombreuses années nous la côtoyons et sommes admiratifs de son travail. Chaque fois qu’elle lève un gibier, elle le poursuit dans un superbe concert vocal. Mais lorsqu’elle se rend compte qu’elle est trop loin, elle met fin à sa chasse et rejoint son maître par le plus court chemin pour reprendre la quête sur notre secteur. Elle chasse au maximum 30 minutes et ne nous a jamais abandonnés. Après un petit bonjour à « notre » Prune, chacun va rejoindre son poste. Il ne se passe guère de temps avant que notre fidèle compagnon lève le chevreuil que j’avais aperçu quelques minutes auparavant. Comme l’endroit est quelque peu accidenté, j’entends la chasse partir chez nos voisins, puis plus rien. Il se passe environ une heure, lorsque je vois arriver notre ami Henri. L’inquiétude se lit sur son visage et il sait qu’il y a quelque chose d’anormal. Son compagnon de toujours n’est pas de retour. Comme il veut aller voir sur le territoire voisin, il me laisse son fusil. A son retour, nous sonnons le rassemblement et tous nous sommes désorientés. Comme nous approchons de midi, il est décidé de prendre le repas sur place. Les commentaires vont bon train. Dans le cadre de la conversation, il est fait état que deux d’entre nous ont entendu deux coups de feu sur le territoire voisin. A voix basse, pour qu’Henri n’entende pas, mon ami Daniel me dit: « Tu penses comme moi ? » Je confirme, car nous savons que « Prune » a fait une fois un petit malaise. Pour ma part, je suis presque certain qu’elle a eu une attaque et qu’elle se trouve dans la forêt. N’ayant pas le choix, nous mettons Henri au courant de nos doutes et il est décidé de partir à pied faire des recherches. Olivier ouvre sa carte et attribue à chacun un secteur. Nos recherches demeurent vaines. Vers 17h00, nous faisons à nouveau le point et sommes de plus en plus convaincus qu’un malheur est arrivé. Il n’y a plus seulement de l’inquiétude, mais également de la tristesse. Nous prenons la décision de marquer sur nos carnets un arrêt de chasse et téléphonons au garde de la circonscription pour lui demander l’autorisation de circuler sur tous les chemins afin de retrouver notre grande absente. Merci Christian de nous avoir donné sans hésiter ton accord. Au lieu de départ, nous laissons une voiture avec tous les fusils et notre chasseresse Stéphanie, aussi en souci que nous. Il est 19h30, la nuit est tombée. De retour au point de rassemblement, je reste avec Henri. Il ne dit rien, mais je vois bien que ses yeux sont humides. Sa tristesse fait peine à voir. Tous nous compatissons. Jean-Noël a fait la tournée des agriculteurs et leur a laissé nos coordonnées. L’un s’est même offert d’aller voir dans la nuit si notre chienne était revenue à l’endroit où nous avions laissé une couverture. Il est plus de 20h00 lorsque enfin nous décidons de partir. Le lendemain, comme j’habite le plus près, rempli d’espoir, je me pointe vers 07h30 à l’endroit où j’espère que je vais trouver notre amie « Prune ». Hélas, cent fois, hélas… Je vais tout de même sur un petit mont d'où je domine l’endroit, mais personne ne répond à mes appels. La tristesse dans l’âme, je ne peux que me résigner à envoyer un SMS à mes amis. C’est alors que vers 16h00, je reçois un appel téléphonique ; j’entends des cris de joie, « Prune » vient d’être retrouvée. Il est impossible de vous décrire cet instant tellement l’émotion est intense. Olivier et Daniel n’ayant pas d’obligation avaient décidé d’aller parcourir la forêt de long en large. Après quelques heures, notre brave chienne avait pris la trace des susnommés et, sans hésiter, s’était empressée de les rejoindre. Après avoir été nourrie, car elle avait faim, mais surtout très soif, « Prune » a été reconduite chez Henri et cette fin de journée a été vraiment superbe pour nous tous. Alors là, tout devenait enfin clair pour nous. « Prune » avait poussé le chevreuil sur le canton voisin et un chasseur, après avoir tiré ce gibier, avait pu attraper notre brave bête. Il aurait pu la caresser et la féliciter, puis la laisser aller. Non, il n’a rien trouvé de mieux que de l’attacher toute la journée et de la relâcher probablement tard dans la soirée ou le lendemain. Bravo à toi grand chasseur. Je ne vais pas libérer mon venin, car je ne veux pas tomber dans ton domaine, celui de la médiocrité. Tout notre groupe s’incline bien bas devant toi, car d’où nous sommes nous ne pouvons te voir, tellement tu es petit.

A.C.