Vaud 2008

Le rapport du Président

Permettez-moi, au début de ce rapport, d’adresser nos félicitations à notre nouvelle Conseillère d’Etat, Mme Jacqueline De Quattro. Madame la Conseillère d’Etat, les chasseurs vaudois ont rencontré auprès de vous une heureuse capacité d’écoute, grâce à quoi, le Comité de la Fédération a pu vous faire part de nos préoccupations touchant l’avenir de la chasse vaudoise. Vous nous avez rassurés sur un point essentiel. Vous l’aviez déjà énoncé lors de l’assemblée générale de la Société vaudoise des pêcheurs en rivières, le 4 novembre dernier, à Orbe, dans une brève déclaration : « dorénavant la priorité serait donnée aux gens de terrain qui sont proches de la réalité et non coupés de la base ».
Nous autres chasseurs revendiquons avec fierté ce titre de gens de terrain. Ne sommes-nous pas les agents de la nature appelés à réguler la faune, en toute connaissance de cause, mais aussi, en parfaite concertation avec l’autorité gestionnaire ?
Merci à notre Conservateur de la faune, Sébastien Sachot, notre interlocuteur le plus direct. Ce qui lui vaut de nombreuses critiques venues du milieu des chasseurs. Ce qui ne l’empêche pas de garder un étroit contact avec eux. Je rappelle avec plaisir, qu’au niveau de la gestion des espèces, il est toujours le premier à vouloir s’asseoir à une table pour que nous trouvions ensemble les solutions équilibrées au plan écologique.
Malheureusement, la régulation des grands prédateurs lui échappe. Comme on le sait, toute décision les concernant se prend au niveau administratif fédéral, avec lenteur et réticence, sans que le pouvoir politique ne se montre capable d’écarter les pressions environnementalistes.
Je remercie les surveillants permanents pour leur collaboration sur le terrain, et tout particulièrement, lors des chasses spéciales du cerf et du chamois.
Heureuse retraite aux surveillants retraités et bienvenue aux quatre nouveaux. Pour saluer votre venue sur le terrain, nous vous remettons un couteau gravé de la Fédération des sections vaudoises de la Diana, non pas pour vider les sangliers hors saison de chasse mais bien pour couper le saucisson des casse-croûte ou tirer le bouchon lors des travaux que nous réaliserons en commun, c’est-à-dire : création de biotopes, remise en état des prairies rebouillées par les sangliers, protections préventives des dégâts causés par le cerf.
Cette heureuse collaboration entre surveillants permanents et chasseurs permet de nous mieux connaître et de nous estimer réciproquement. Hommes de terrain objectifs, vos observations sont combien plus crédibles que le discours incantatoire des environnementalistes.
Ce constat nous amène à parler de l’événement rassembleur de l’année dernière à Château-d’Oex : le 125e anniversaire de la fondation de Diana Suisse qui regroupe les associations cynégétiques des cantons latins, le Tessin compris, bien entendu.
Le rassemblement de Château-d’Oex a été l’occasion d’un débat. Il avait pour objet les grands prédateurs, les lynx et les loups, pour reparler d’eux, en attendant le retour plutôt surnaturel que naturel de l’ours. Ce débat a permis aux chasseurs de la région de relever combien les lâchers de lynx, autant clandestins qu’officiels, avaient contribué à réduire de façon dramatique le cheptel des chamois et des chevreuils dans une aire montagneuse fortement compartimentée. Pourquoi le politique n’a-t-il jamais sanctionné une telle bourde écologique ? A souhaiter que le politique reprenne barre sur les environnementalistes propriétaires autoproclamés de la nature !
Notre président d’honneur, Olivier Rostan, n’a jamais cessé de défendre et de soutenir ce postulat : que le politique reprenne barre ! Nous lui rendons hommage, aujourd’hui. Après dix-neuf ans consacrés au service et à la défense de la chasse vaudoise, notre président d’honneur a émis le vœu de se retirer de la Commission consultative.
Pour lui succéder à la Commission consultative, le Comité de la Fédération a proposé un excellent connaisseur de la faune de sa région, en la personne de Jean-Luc Rémy, membre de la section du Pays-d’Enhaut.
Je n’oublierai pas les membres du Comité. Ils se sont réunis à cinq reprises pour traiter les affaires courantes et extraordinaires de la FSVD. Je ne parle pas ici de tous les déplacements et de toutes les heures passées à traiter les différents dossiers. Une mention particulière s’adresse à notre charmante et compétente secrétaire, Mme Sandra Gonin-Gaille pour sa gentillesse et sa disponibilité. Nous espérons bénéficier de sa collaboration longtemps encore.
La formation des chasseurs ? Parlons-en ! Obtenir son premier permis est chose difficile. Nous l’avons voulu ainsi. Le chasseur sachant chasser est assurément la meilleure réplique que nous sommes en droit d’adresser à nos détracteurs. Je salue le travail efficace des membres de la Commission de formation, son délégué au Comité, Maître Charles-Henri Deluze.
Sous la présidence du lt.-colonel Olivier Séverin, les instructeurs de son groupe d’enseignement consacrent un temps considérable à procurer aux futurs chasseurs une formation sérieuse et complète qui soit la plus proche de la réalité de terrain. On ne saurait trop le répéter : l’image que se fait l’opinion publique du chasseur tient beaucoup à sa formation première.
Nous sommes 820 chasseurs actifs dans le canton. Et voilà qu’un nombre significatif de 40 nouveaux et premiers permis assure la relève pour la prochaine saison. Bienvenue en Saint-Hubert !
Pour être compris de l’opinion publique, l’exercice de la chasse et sa mission régulatrice se doivent de recourir à la communication. Nous y voici ! Nos confrères en Saint-Hubert ont profité du Comptoir de Payerne de ce dernier automne pour se présenter sous la forme d’un stand et d’animations dont les thèmes porteurs étaient la nature, la chasse, la formation des chasseurs. Chiffre non négligeable, le Comptoir de Payerne a reçu 80 000 visiteurs. Toutes nos félicitations à la Région Broye.
De son côté, la Région Est a pris l’heureuse initiative d’organiser une manifestation qui avait aussi pour thème, la chasse, la nature, les champignons. Bravo à la Région Est !
J’ai gardé pour la fin de mes propos les points essentiels, ceux qui posent interrogation et qui attendent solution.
Le premier point concerne la gestion de la faune et l’opinion des chasseurs, les opinions au pluriel, devrait-on dire. Nous ne sommes pas chasseurs que pendant la saison de chasse mais l’année durant, jumelles au cou. Ce qui nous incite, et c’est normal, à nous faire une opinion personnelle sur l’état de la faune comme aussi sur la façon de la gérer. Ces avis ne convergent pas nécessairement et le Comité en perçoit les échos, assortis d’interpellations parfois vivement formulées. Mais reprochera-t-on aux chasseurs d’avoir un caractère bien trempé ?
On répondra que la faune vaudoise est gérée par un plan quinquennal. Ce plan quinquennal n’a rien de rigide, parce que la situation peut varier d’une année à l’autre. Des avenants annuels, voire même, durant la saison de chasse, telle la chasse prolongée du sanglier, pour citer l’exemple le plus fréquent, apportent les correctifs nécessaires.
La Commission consultative permet de définir les formes de ces avenants. De plus, votre président ne se gêne pas pour le reconnaître: il n’est pas de semaine qu’il n’interpelle Sébastien Sachot et les politiques les plus agissants.
L’inquiétude critique des chasseurs tient avant tout à une double problématique : au plan fédéral, l’intrusion des environnementalistes dans les rouages de l’Office fédéral de l’environnement et la façon dont on protège le lynx. On promet au loup le même traitement de faveur.
Ce qui m’amène à aborder le point no 2, celui des grands prédateurs. Que fait la police, a-t-on coutume de dire ; que font les organisations cynégétiques, tant il est vrai que la médiatisation du loup et du lynx par les environnementalistes, ainsi que leur protection idéologique, dépassent l’entendement ?
Que faisons-nous ? Je rappelle qu’une commission a été instituée au niveau fédéral en vue de modifier le concept lynx et de mettre en place un nouveau concept loup. Chasse suisse a été fortement représentée et votre président en a été l’un de ses délégués dans la dite commission.
Les chasseurs vaudois l’affirment avec force, et ils se savent soutenus par d’autres milieux aussi : la décision d’alléger la pression du lynx doit revenir en pleine souveraineté aux cantons et non plus à un Office fédéral de l’environnement, devenu la ruche des environnementalistes.
Nous demandons au Gouvernement vaudois, à nos députés, à notre représentation parlementaire à Berne, d’agir vigoureusement au plan politique pour que les compétences et les pouvoirs de décision, touchant la gestion des grands prédateurs, reviennent aux cantons.
Il y a plusieurs raisons objectives à ce retour à la souveraineté cantonale :
1. Le maintien de l’équilibre écologique est lié aux particularités géographiques et faunistiques propres à chaque région.
2. Seuls les observateurs de proximité sont compétents pour juger d’une situation.
3. La mise sous tutelle des organismes cantonaux forêts, chasse, pêche et nature par l’Office fédéral de l’environnement les privent de leurs compétences.
4. La représentation politique cantonale est court-circuitée.
5. Le fondamentalisme environnemental a beau jeu d’opposer à la gestion pragmatique des grands prédateurs, son protectionnisme déviant.
Les faits sont là pour le démontrer :
Les idéalistes, qui souhaitaient le retour du lynx dans nos contrées, ont fait preuve d’une ignorance significative en ne respectant pas le quota généralement admis de la présence d’un lynx sur 200 km2 et ceci en territoire ouvert, seulement. Cette condition écologique de plaine a été bafouée dans les Préalpes vaudoises comme encore en secteurs montagneux fribourgeois et bernois.
Qu’importe ! Entre lynx officiellement lâchés et ceux que l’ont été de manière clandestine, la catastrophe écologique est survenue par la diminution tragique du cheptel chevreuils et chamois. Et les environnementalistes, grands responsables de cette situation, d’évoquer le retour à l’équilibre naturel sans plus besoin d’une gestion conduite par l’homme !
Et que penser des mesures proposées par le très fédéral Office de l’environnement ? Déménager au compte-gouttes deux lynx du Pays-d’Enhaut dans des régions qui n’en veulent pas, voire les tirer, mais seulement après des procédures paperassières qui traînent en longueur ? La réponse est venue récemment : l’un des deux lynx à qui l’on voulait faire changer d’air a été déclaré intransportable parce qu’il souffrait d’un souffle au cœur ! L’excuse est grotesque. N’aurait-on pas mieux fait de lui épargner des surdoses de piqûres hypodermiques ?
Quoi qu’il en soit, l’objectif n’est pas atteint puisque les deux condamnés seront d’emblée remplacés par les jeunes dont la présence est volontairement ignorée dans les comptages !
Conclusion provisoire : nous espérons que l’autorité politique aura les capacités de réagir pour récupérer ses pleins droits et décider elle-même des mesures à prendre pour rétablir l’équilibre écologique si gravement compromis par les grands prédateurs.
Ce n’est pas un ultimatum, loin de là, mais tout simplement, une date butoir. La Commission consultative tiendra séance le 10 avril prochain. Nous espérons vivement, qu’à cette date, nous parviendrons à un accord pour que cette condition essentielle soit enfin respectée de tous : un lynx pour 200km2 et pas davantage. Sans quoi, pour soutenir l’autorité exécutive, nous nous réservons de diligenter des actions politiques qui rencontreront un appui certain dans d’autres cantons.
Quant à l’ours, je n’en parle pas, chaque personne sensée se rend compte qu’il n’a pas sa place chez nous.
L’objet que votre président aborde au point 3 s’écarte bien heureusement des sujets qui opposent les hommes de terrain aux fondamentalistes de la nature idéalisée.
Je veux parler d’un partenariat souhaité.
Le renouvellement du 50 % du corps du gardiennage doit nous amener à une réflexion : nous souhaitons, Mesdames et Messieurs, une collaboration étroite entre le Service de la faune et les chasseurs. En effet le partenariat doit aller dans le sens d’une économie pour l’Etat.
Tout est déjà en place. Le canton est découpé en circonscriptions et secteurs ; surveillants permanents et auxiliaires sont, par leur présence dans le terrain, les acteurs de la gestion ; ils peuvent être appuyés par les chasseurs dans bien des cas, par exemple : la création de biotopes, leur entretien, la prévention de dégâts (écorçage du cerf, boutis dus aux sangliers), pose de clôtures, remise en état des prairies, mais ceci contre la garantie que le tir par le gardiennage n’interviendra qu’en dernier recours.
Mais ce n’est pas tout : concernant les plans de tir, il serait souhaitable, contrairement à certaines idées reçues, que le capital des espèces grand gibier soit composé de deux tiers de femelles et d’un tiers de mâles, les jeunes non compris. Pourquoi ? Parce que cette proportion entre mâles et femelles assure un prélèvement cynégétique qui ne met pas en danger le capital.
Le point 4 n’échappe pas à la globalisation, diront certains. Parlons plutôt de regroupements rationnels, à l’exemple des fusions de communes. Ne serait-ce pas le moment que certaines sections se rapprochent les unes des autres et conviennent de fusionner ? Plus fortes en effectifs, en organisations de base, elles se montreraient plus opérationnelles lors des travaux sur le terrain mais aussi lors des conférences de présidents. Un nombre réduit d’interlocuteurs conduirait à mieux cerner les objets en discussion et à trouver des solutions plus rapidement, voire plus efficaces. Il est clair que ces propos vont uniquement dans le sens d’ouvrir le débat au niveau de nos sections.
Le point 5 et dernier du rapport présidentiel veut donner une réponse claire à l’interrogation qui nous habite tous : quel est l’avenir de la chasse ? J’affirme ceci avec force et vigueur : pour être entendu, il faut être écouté, et pour être écouté, il faut être compris et respecté. Le moyen d’y parvenir existe. Il s’agit de la communication sous toutes ses formes. En premier lieu, il est du devoir de chacun d’entre nous de communiquer, mais comment direz-vous ? En faisant savoir votre qualité de chasseur qui colle assurément avec le profil d’un citoyen, d’une citoyenne responsable, qui colle aussi à l’intérêt que vous portez à la nature, à ce puissant besoin qui vous pousse à la mieux connaître.
Parlez-en dans votre entourage, aux jeunes, expliquer leur le rôle du chasseur qui met sa passion au service de la régulation de la faune. Présentez-vous, aux yeux des autres, en véritable homme de terrain capable de dire pourquoi il l’est. Profitez de vos sorties d’observation pour entrer en contact avec les promeneurs. En période de chasse déjà, plusieurs groupes s’efforcent de communiquer, le verre tendu, au moment du casse-croûte. Je les en félicite.
Ne craignez pas d’entrer en discussion avec les autres utilisateurs de la nature Parlez aux politiques de votre proche environnement comme vos responsables s’emploient à entretenir des contacts de confiance avec l’autorité politique.
Il nous appartient aussi, à nous Fédération de chasse, d’établir des contacts directs et répétés avec les médias, de prendre l’initiative de traiter avec eux des questions qui se font jour. De récentes opérations nous indiquent clairement que, si nous allons au-devant des médias, ils viennent à nous avec objectivité, voire avec sympathie.

Jean-Louis Grivet