Valais 2006

La chasse valaisanne en plein bouleversement

Les chasseurs valaisans vivent une révolution. C’est du moins ce qu’ils ressentent à la lecture des documents transmis par le service de la faune pour la demande d’obtention du permis de chasse 2006. Habitués à une chasse simple et accessible, non contraignante et permettant d’allier le prélèvement nécessaire des diverses espèces de gibier à une période de ressourcement et de détente pour le corps et l’esprit, les voilà confrontés à un futur exercice quasi scientifique, avec des contraintes tracassières et des charges financières supplémentaires qu’ils estiment injustifiées.
Il faut dire que les mutations sont nombreuses et d’importance. Jugez plutôt.
Nouveau chef du service de la faune, de la chasse et de la pêche au 1er janvier 2006, nouveau comité cantonal de la Fédération valaisanne des sociétés de chasse dès mai 2006, nouvel arrêté quinquennal avec principalement un remaniement en profondeur du système de prélèvement du chamois, une refonte totale des dispositions réglant le déplacement des chasseurs et une augmentation sensible des prix des divers permis. De quoi perturber la quiétude des chasseurs à tel point que la colère gronde et que les réflexions telles que « Nous chasserons comme il y 30 ans » ou « Dans ces conditions, je ne prends plus le permis » se font entendre au gré des rencontres.
Le nouveau président de la fédération cantonale des sociétés de chasse a participé, en tant que président de Diana, aux diverses consultations et discussions de préparation des nouvelles dispositions quinquennales et se trouve confronté, dans ses nouvelles fonctions, à une certaine insatisfaction du monde de la chasse. Il nous a paru donc intéressant de savoir ce qu’il souhaite dire aux chasseurs valaisans avant le prochain exercice qui débutera le 18 septembre 2006.

1. Monsieur le Président, le samedi 29 avril dernier, vous avez été élu à la tête de la Fédération valaisanne des sociétés de chasse. J’imagine que le comité que vous dirigez s’est constitué et s’est déjà mis à l’ouvrage. Pouvez-vous nous informer sur la répartition des diverses tâches au sein du comité?
Le nouveau comité que je préside s’est réparti les responsabilités de la manière suivante :
• Michel Bonvin, 1er vice-président : formation pour le Valais romand, trophées et associations.
• Fernand Pitteloud, caissier : tir, biotopes et commission consultative.
• Jean Bonnard, secrétaire : archives.
• Florian Eggel, 2e vice-président : délégué SPW, commission consultative, site Internet et médias.
• Markus Truffer, membre : formation pour le Haut-Valais et biotopes.
• Christian Kreuzer, membre : tir et chiens de rouge.
• Christine Mayor, membre : chiens de rouge et site Internet.
• Gérard Gillioz, membre : commission consultative, primes « Renard » et forêt-gibier.
• Personnellement, président cantonal : délégué Diana Suisse, commission consultative, biotopes et manifestations, chargé de la coordination et de la communication.
Cette structure pourra être revue en fonction de l’évolution de la situation.
Nous nous sommes laissé l’été pour une réflexion sur les différents objectifs à poursuivre pendant notre période de travail et profitons de recueillir les premières réactions face au nouvel arrêté.
Début septembre, le travail se poursuivra et les premières séances avec les présidents de Dianas seront mises sur pied.

2. Les chasseurs valaisans ont reçu les nouvelles dispositions relatives au prochain exercice de chasse. Une multitude d’entre elles nous interpelle et nous fait part à la fois d’un certain désarroi et d’une grogne quelque peu inquiétante. Le comité cantonal constate-t-il également cette insatisfaction? et si oui, comment l’expliquez-vous?
Dès la publication du nouvel arrêté quinquennal, les échos se sont fait entendre. Lors de chaque rencontre ou manifestation, les discussions vont bon train : une insatisfaction quasi générale.
Plusieurs raisons sont à relever. D’abord les gens sont un peu réfractaires aux changements. Mais dans ce cas, force est de constater que, pour la chasse à venir, les nouvelles dispositions sont nombreuses et le chasseur ressent une nouvelle fois une forte restriction de ses libertés. Même si dans la généralité, les chasseurs sont conscients, comme pour le chamois, qu’une sélection ne peut être que profitable à la chasse, les nouvelles dispositions apparaissent comme tatillonnes et les solutions se révèlent comme extrêmes.
La gestion de ce nouvel arrêté ne sera pas toujours aisée et nombre d’éléments laissés à l’appréciation du garde-chasse ne vont de loin pas faciliter son rôle. Dans ce contexte, comment vont-ils réagir afin d’éviter au minimum les inégalités dans l’application de ces règles et faire en sorte que certains chasseurs ne se sentent pas discriminés, ce qui risquerait d’envenimer les relations et nuire au climat sain qui existe à l’heure actuelle.

3. L’impression qui ressort est avant tout celle de la surprise, comme si la base ne s’attendait pas à des remaniements aussi importants. Pourtant les Dianas participent, au sein de la Fédération, aux diverses propositions pour l’élaboration de l’arrêté. Cela veut-il dire qu’il y a des lacunes dans l’information de la base ou existe-t-il un décalage entre l’avis des chasseurs et celui des Dianas?
Dans l’élaboration d’un nouvel arrêté, les propositions peuvent parvenir peu de temps avant l’assemblée générale et être soumises au vote des délégués. Certaines dispositions ne sont pas discutées mais décidées par les instances administratives et politiques. Dans ces cas, l’information de la base ne peut pas avoir lieu.
Par contre, pour les changements importants, il est indispensable que les chasseurs participent au processus de décision. Et que s’est-il passé pour cet arrêté?
Les deux modifications majeures concernent le réseau routier et la chasse au chamois.
Pour la première, la question a été soulevée suffisamment tôt et tout semblait réglé à satisfaction, puisque tant la position de l’assemblée générale de Diana Valais à Savièse que celle de la conférence des présidents allaient dans le sens du statu quo.
Pour la chasse au chamois, les éléments et les divers modèles proposés par le service de la chasse sont venus très tardivement. Comment alors concilier l’information aux chasseurs, l’étude des propositions, la rédaction de variantes plus réalistes et une prise décision intéressante? Faire les choses dans la précipitation ne peut que nuire au changement.
Il faut aussi compter avec un temps nécessaire à l’assimilation des nouveautés : la grogne passée, une réflexion plus approfondie permet de mieux absorber les modifications.
Donc, une information aux Dianas et la mise sur pied d’une séance extraordinaire pour informer les chasseurs qui n’ont pas pu être renseignés préalablement n’ont pas permis dans le temps une approche et une étude du problème depuis la base. Par conséquent, les présidents de Diana et les délégués ont voté en fonction de leurs convictions et des éléments en leur possession.
Dès lors, force est de constater que si l’on désire que la base soit informée, puisse gérer le problème, émettre d’autres propositions à discuter, cela nécessite une beaucoup plus longue période et une appréhension des problèmes beaucoup plus tôt. Si l’on veut respecter une consultation de la base, des chasseurs aux amicales, des amicales aux présidents de Diana, des Dianas au comité cantonal, cela requiert du temps. Il faudra, d’une part s’employer à discuter avec les instances concernées des problèmes à soulever et arrêter un calendrier adéquat pour une consultation correcte. D’autre part, les dates d’assemblées générales des Dianas ne sont pas toujours en corrélation avec l’échéancier du processus de décision. Celles qui sont concernées ne devraient pas hésiter d’en mettre sur pied une deuxième pour décider de la suite à donner à leurs séances de travail.
En résumé, il est essentiel que le laps de temps qui s’écoule entre les renseignements transmis aux Dianas et le moment des décisions permette une information raisonnable des diverses personnes ou instances intéressées et laisse suffisamment de durée pour mûrir le projet.
J’invite également tous les chasseurs à s’engager activement dans ces processus de décision. Trop souvent ancrés dans leurs certitudes, sur un territoire restreint, ils devraient prendre du temps à étudier les problèmes et obtenir ainsi une excellente vision d’ensemble de la gestion de la chasse.

4. Un autre sentiment est celui d’un glissement prononcé vers une chasse scientifique et inutilement contraignante, notamment pour le chamois qu’il faudra pratiquement peser et mesurer avant le tir alors que l’on annonce un cheptel que le Valais n’a jamais atteint (22 000). La gestion de la chasse doit-elle à votre avis s’effectuer à l’avenir uniquement sur des bases biologiques et scientifiques?
L’éclairage scientifique demeure indispensable pour la pratique de la chasse. Il n’est cependant pas tout. Il y a la réalité du terrain, les observations faites par les différents acteurs.
Nous devons donc veiller à ce que tous les éléments objectifs soient appréciés et ne pas se fier uniquement à une gestion scientifique qui ne se révèle pas toujours être une connaissance exacte.
La chasse doit s’adapter, certes, mais elle doit demeurer simple et à la portée de toutes les personnes qui ont acquis leur formation de base. Il est impératif de prendre en compte le fait que l’expérience par définition ça s’acquiert. Celle des jeunes chasseurs va en s’accroissant par la pratique et ceux-ci méritent toute notre attention. Il est indispensable que la chasse soit attractive pour l’ensemble des chasseurs et fasse de nouveaux adeptes.

5. Une multitude chasseurs se sentent floués concernant la circulation avec les véhicules à moteur. Les nouvelles dispositions limitent fortement le déplacement des chasseurs durant la journée. Comment appréciez-vous cette situation?
C’est certainement la disposition qui fait le plus jaser. L’assemblée des délégués de Savièse, puis celle de la commission mise sur pied pour l’étude du problème des routes, ainsi que la dernière assemblée des présidents de Dianas ont plaidé pour le maintien de la solution d’un réseau routier rouge tel que connu jusqu’à maintenant (statu quo amélioré). Les diverses instances concernées pour décider du réseau routier n’ont pas suivi ces avis.
Modifier un système qui fonctionne à la satisfaction générale : c’est à n’y rien comprendre et la majorité des chasseurs se sentent floués. Quelle a été la motivation de ces décideurs? Quels buts ont été poursuivis? Cela reste un mystère. A trop vouloir gommer les inégalités, on en a créé de nouvelles et très criardes. Pour beaucoup de chasseurs, cela débouche sur un retour en arrière, une flexibilité perdue. Il ne faut pas perdre de vue que la chasse doit changer et il est indispensable de l’adapter à notre époque.
A l’heure ou les contraintes professionnelles et autres sont devenues très importantes, la chasse doit rester un loisir à la portée de tout le monde et permettre de concilier les différents impératifs individuels. Elle ne doit pas se professionnaliser et devenir restreinte à une élite. Il s’agit ici d’une véritable perte de souplesse.

6. Les prix des divers permis ont sensiblement augmenté. Est-ce justifié?
Pour le chasseur qui prend tous les permis, l’augmentation se monte à plus de 16%. Je ne vois pas ce qui justifie une telle élévation du prix du permis. On s’achemine vers des restrictions, des pénalités, des sanctions suivies d’une augmentation des prix. Dans l’esprit des chasseurs, beaucoup estiment que nous ne sommes que des personnes desquelles on tire profit.

7. A l’aube de l’ouverture du nouvel exercice de chasse, quel message souhaitez-vous transmettre aux chasseurs valaisans?
Un automne en pente douce…
Tout d’abord beaucoup de satisfactions dans la pratique de leur passion. Ensuite l’arrêté quinquennal étant ce qu’il est, le prendre comme tel et passer cet exercice. En fonction de leur réaction constructive, nous remettrons l’ouvrage sur le métier pour tenter de modifier les dispositions qui nous sont défavorables avec toutes les contraintes que cela suppose, étant donné que nous ne sommes pas les décideurs finaux. Nous ferons tout pour être entendus et pas seulement écoutés par les responsables administratifs et politiques, de telle sorte que les chasseurs qui pratiquent cette activité, non seulement magnifique mais également utile, aient l’impression que leur avis soit pris en considération, conscients qu’ils sont que cette liberté de chasser doit répondre à certaines exigences pour sa pérennité.
Au-delà des objectifs de tir, de merveilleux moments partagés avec les collègues au cœur de nos admirables espaces naturels.

Merci, Monsieur le président, et bonne chasse à tous.

Interview Chasie