Les auteurs cynégétiques du siècle dernier insistaient tous sur l’aspect erratique, voire migrateur du sanglier. C’était le grand froid, affirmaient-ils, qui le chassait d’une région et le poussait ailleurs. Depuis, les études scientifiques ont progressé et les résultats ont singulièrement contrarié leur opinion. Les scientifiques ont procédé à quantité de captures et de marquages. Différents sites ont été choisis en fonction des possibilités offertes localement et surtout de la densité des populations.

Dans l’ensemble, les résultats obtenus confirment bien que les animaux sont beaucoup plus sédentaires que l’on croyait jusqu’alors, même si certains d’entre eux sont capables de grandes escapades.

Laie baugée.
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L’animal a «explosé» partout en Europe.
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Un domaine de 5000 ha

Pour un groupe de reproducteurs stables, le domaine vital annuel ne dépasse pas 5000 hectares. De ce fait on peut imaginer qu’une aire de 5 kilomètres de rayon autour de l’épicentre de son lieu de capture contient la totalité du «domaine de naissance» du sanglier, et ce bien entendu pour les animaux capturés jeunes (marcassins, bêtes rousses). Au-delà de 10 km, l’animal est sorti de son «domaine de naissance» et se trouve en situation d’émigration temporaire ou définitive.

Sur l’ensemble des retours de marques, tous sites confondus, il apparait que 53,1% des animaux sont restés fidèles à leur domaine de naissance, puisque tués à moins de 5 kilomètres de leur lieu de capture. Si on élargi le cercle de reprise à 10 kilomètres, zone de transition où les sangliers sont en «excursion» mais peuvent encore revenir dans le domaine de naissance, c’est 73,1% des animaux qui sont concernés. Ce qui revient à dire que près des trois quarts des sangliers ne bougent guère.

Parmi les animaux qui se sont le plus déplacés, c’est-à-dire à plus de 50 kilomètres, il faut remarquer qu’il s’agit le plus souvent d’animaux provenant soit de territoires à faible ou moyenne densité d’effectif ou d’animaux issus d’élevage et lâchés à des fins de repeuplement.

Le record de «bougeotte» est de 141 kilomètres

Les sangliers sont plutôt fidèles à leur domaine de naissance. Ensuite, lorsque, contraints et forcés de se séparer du groupe familial, pour des raisons sociales ou alimentaires, ils ne restent pas dans l’environnement immédiat mais s’éloignent, parfois beaucoup (>10 km).

Les grands déplacements ne sont pas le privilège des mâles et ce sont toujours les animaux capturés très jeunes qui se déplacent le plus.

Le sanglier se reproduit vite et bien. Si en plus il est bien nourri, la population peut s’accroitre très rapidement.

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Tenu par le ventre

On voit donc que la majorité des sangliers restent dans leur «domaine de naissance». Cela ne veut pas dire pour autant que des phénomènes climatiques ne puissent pas les chasser. Il est bien évident que si des températures terriblement négatives sévissaient dans une région pendant plusieurs semaines et que les animaux n’aient plus rien à manger, ils s’en iraient. Seulement voilà: le sanglier est apprécié partout et on le nourrit abondamment. En outre, il trouve maintenant du maïs partout. Bref, il est «tenu» par le ventre et bouge donc beaucoup moins qu’autrefois.

Partout en Europe, «l’explosion» du sanglier a été spectaculaire.

Les animaux sont partout. Ils envahissent les grandes villes européennes – Berlin – se répandent sur les golfs, causent des dizaines d’accidents sur les routes et les autoroutes, croissent et se multiplient à un point tel qu’ils en deviennent presque nuisibles. On demande instamment aux chasseurs d’en tuer davantage. Comme quoi l’exercice raisonnable de la chasse non seulement ne détruit pas une espèce, mais permet de la gérer avec efficacité.

Texte et photos Eric Joly

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