« Le sanglier et sa gestion » Dans le cadre de son assemblée d’été, la société des chasseurs DIANA du district de Delémont a invité tous les chasseurs ainsi que toutes les personnes intéressées à une conférence sur le thème : « Le sanglier et sa gestion », donnée par Monsieur Christian Hebeisen, Dr ès sciences, biologiste de la faune.
Il n'est pas simple d'être bref lorsqu'on parle de la « bête noire », tant il y a de choses à dire sur elle, ou tant elle fait parler d'elle. Ma présentation essaiera pourtant d'aborder divers aspects de la biologie de l'espèce et de sa gestion en essayant de donner une vision globale et réaliste de sa situation en Suisse, mais aussi en Europe.
Comme le chevreuil, par exemple, le sanglier est un Ongulé, et il a toujours fait partie de la faune d'Europe. Cependant, les effectifs, ou du moins les chiffres des tableaux de chasse, ont commencé à augmenter sensiblement partout en Europe de l'Ouest dès le milieu des années 1970, et en Suisse, cette augmentation est particulièrement marquée depuis les années 1990 (1536 sangliers prélevés lors de la chasse en 1990, 6532 en 2007). Comme souvent dans la Nature, les causes de cette augmentation sont multiples, et toujours débattues. D'une part, et contrairement aux autres Ongulés de Suisse (chevreuil, cerf, chamois et bouquetin), le sanglier présente un régime omnivore et opportuniste, un peu comme le renard. Autrement dit, il mange ce qu'il trouve le plus facilement, en fonction de la saison, avec une préférence tout de même pour la nourriture végétale. D'autre part, la stratégie reproductive de l'espèce est très dynamique, les laies atteignant leur maturité rapidement et produisant des portées multiples. À cela s'ajoute que le sanglier est une espèce peu exigeante quant à son habitat, pour autant qu'il y ait des points d'eaux et un couvert végétal suffisant. Par conséquent, le sanglier est capable de s'adapter efficacement aux variations de son environnement. On peut compter parmi ces variations, celles qui sont liées au climat (hiver doux, productivité végétale), à l'utilisation du territoire (agriculture) ou encore au mode de chasse et de gestion. L'augmentation des effectifs, si elle ravit les naturalistes et les chasseurs, pose tout de même un certain nombre de défis aux gestionnaires de la faune, et aux politiciens, qui doivent faire face à une augmentation des dégâts, notamment aux pâturages et autres cultures. L'équation qui consiste à garantir la survie de l'espèce et la chasse, tout en limitant les dégâts, n'est pas facile à résoudre. Malgré le bon nombre -d'études dont le sanglier a fait l’objet son adaptabilité ne permet pas toujours d’appliquer à un endroit ce qui fonctionne ailleurs. Parmi les difficultés que rencontre le gestionnaire, la connaissance des effectifs en est une de taille. Si les tableaux de chasse sont encore souvent utilisés dans ce sens, d'autres méthodes (notamment le piégeage photographique) ont également été appliquées au sanglier, avec plus ou moins de réussite. L'impact des prélèvements sur la survie et la productivité des individus est également un paramètre déterminant dans la gestion. D'un autre côté, forte densité ne rime pas forcément avec dégâts importants ... Des méthodes de protection des cultures existent et peuvent être d'une très grande efficacité, à condition d'en faire bon usage.
Un autre défi des gestionnaires concerne les populations périurbaines qui deviennent de plus en plus fréquentes. Si le promeneur lambda (grand ou petit), n'a rien à craindre du sanglier, les risques sanitaires pour les porcs d'élevage, par exemple, sont à prendre au sérieux, tout comme les collisions dues au trafic routier ou ferroviaire. De plus, les visites nocturnes dans les parcs, cimetières, terrains de sport et autres jardins représentent autant de sources potentielles de conflits.
Bien loin de l'image mystique que la bête conserve encore dans l'imaginaire collectif, le sanglier n'en reste pas moins une espèce fascinante à tout point de vue, et continuera d'alimenter les débats dans le futur. Comme souvent, c'est à l'homme de savoir quelle place il veut faire à cet animal, et dans quelle mesure il est prêt à utiliser les connaissances actuelles pour mettre en place une gestion qui réponde aux besoins et une cohabitation sereine entre l'homme et la bête « noire».
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