Dégâts dus au gibier, un casse-tête!
Toute forme de travail mérite salaire et ce ne sont pas ceux qui triment qui contrediront cette maxime ! Les travailleurs de la terre sont à même de savoir ce que représentent les heures passées dans les champs, dans les vergers et dans les vignes. Même si les conditions de travail ont changé avec les techniques de cultures et les engins modernes, il n’en demeure pas moins qu’un semis ou une plantation saccagés ne se rattrapent pas d’un seul geste ! Dès le départ d’une culture annuelle, à demeure, les aléas sont nombreux avant que l’on puisse passer au stade de la récolte. La météo a ses humeurs que personne ne peut contrer, une tempête, une chute de grêle, une pluie diluvienne ou un coup de froid sérieux peuvent mettre à mal le travail patient et appliqué d’un agriculteur, d’un arboriculteur ou d’un viticulteur. Les dommages « directs » donnent tout de suite l’état de la situation et permettent de calculer rapidement les pertes. Mais, suivant le développement des plantes au moment de l’atteinte, les dommages réels n’apparaissent que beaucoup plus tard. Il faut donc attendre la fin de la culture pour estimer au mieux l’ampleur des dégâts et le montant des pertes.
Lorsque les bêtes attaquent
Dans la faune sauvage, on trouve de nombreuses espèces qui peuvent être la cause de pertes, parfois énormes, pour les cultivateurs et là, il ne faut pas oublier les dégâts dans les forêts. Les oiseaux granivores et frugivores sont souvent cités comme responsables de pertes. Il suffit de penser aux vols d’étourneaux qui s’abattent sur les vignes portant des raisins mûrs, ou sur des cerisiers en pleine production. Une grosse volée de moineaux mange une quantité non négligeable de grains sur un champ de céréale prêt à être moissonné. Que dire encore des corneilles qui se régalent des toutes jeunes pousses de maïs en lait et qui, mine de rien, font des gros vides dans les lignes fraîchement semées, si ce n’est que ce sont encore des pertes à comptabiliser par les agriculteurs. Tout cela est à ajouter aux saccages des sangliers, qui mangent goulûment les pommes de terre, les épis de maïs et toutes les graines enfouies juste sous la surface du sol. Gourmands aussi, ils ne négligent absolument pas les grappes dorées et bien mûres qu’ils cueillent dans les vignes. Dans ces cultures-là, lorsqu’ils fouissent le sol, ils sont capables de provoquer des dommages aux machines qui ont de la peine à travailler dans les trous parfois profonds. On l’a vu, les lièvres mettent à mal les cultures de tournesols dès l’instant où la plante commence à croître. La liste peut encore s’allonger !
L’indemnisation
Le caractère sauvage du gibier implique que le pays ou le canton doivent forcément indemniser tous ces dégâts causés par des animaux qui prennent leurs repas dans les surfaces travaillées par les hommes. Il va de soi que les demandes soient faites en bonne et due forme, mais cela ne suffit pas, disons que cela ne suffit plus. En effet, avec l’augmentation des populations de grand gibier et des dommages s’y rapportant, l’Etat ne veut plus indemniser sans autre forme de procès. En conséquence, toutes les mesures de prévention sont étudiées pour laisser le gibier vivre au milieu des hommes, sans pour autant porter atteinte aux cultures. Il est donc nécessaire que cette prévention soit mise en place par les cultivateurs, qui peuvent être aidés en cela par les services cantonaux. C’est seulement dans ces conditions qu’une taxation sera faite pour l’estimation des dommages. Il n’est donc pas possible d’imaginer une étatisation de la prévention qui, ajoutées aux indemnisations, engendrerait, sans aucun doute, un surcoût tel qu’aucun canton ou Etat ne serait prêt à assumer. Alors, vive la chasse !
Alain Rossier
|