Hommage à Marcel Vuichard
Semsales
« Qui n’aime la chasse qu’en la prise, il ne lui appartient pas de se mêler à notre école ; plus il y a de marches et degrés, plus il y a d’honneur au dernier siège. » MONTAIGNE.
Le 10 janvier 2008, Marcel Vuichard nous a quittés après un court séjour à l’hôpital, à l’âge de 83 ans, entouré de sa fille et de ses deux fils.
Celui que tout le monde surnommait Coq - surnom qui lui est venu suite à un rôle qu’il interpréta dans une pièce de théâtre au village - eut son premier permis à l’âge de 18 ans. Il chassait encore l’automne dernier avec la même passion qu’à ses débuts. Soixante-trois permis de chasse !
Notre ami Coq fut un passionné de la chasse en général durant toute son existence. A l’âge de dix ans déjà, il capturait les passereaux, afin de les échanger contre des lapins ou des pigeons. Par la suite, tout naturellement, il est venu au commerce de chiens de chasse. Il avait le don de découvrir les qualités chez les chiots. Combien de fois ne l’a-t-on pas observé tramant une peau de lapin dans son verger, afin de sélectionner le meilleur d’une portée.
Plus de deux cents chiens ont passé le test de l’expert. Si l’examen final n’était pas concluant, il disait gentiment : « Et bien toi, tu ne reverras plus les forêts de Semsales ! »
Nous avons eu le privilège d’être instruits par un très grand connaisseur. Ses premiers pas, il les a faits avec Gustave à Berlin, dit « Bougnat », à la chasse au lièvre.
Paulet se souvient encore de ce bossu, chassé par sa chienne Diane, qui restait introuvable après son coup de fusil. Il informa Coq que Diane avait stoppé sa menée devant un gros tronc creux. Quelle ne fut pas sa surprise lorsque Coq s’agenouilla, retroussa sa manche et plongea son bras dans l’orifice. Soudain, avec un très grand sourire, il s’exclama : « Je le tiens ! » Quelle belle leçon.
Il n’avait pas son pareil pour pister la martre et la fouine à la chasse d’hiver. Dès la pointe du jour, avec sa petite moto, il faisait la tournée des chalets et des granges. Il avait la faculté de détecter avec précision la présence de l’animal, ceci malgré une multitude de traces de renard ou autre aux alentours du bâtiment.
Roger a pu apprécier son jugement lors d’un relevé d’empreintes de fouine autour d’un chalet d’alpage. D’après Roger, la fouine en était sortie, car il n’y avait qu’une seule trace. Coq examina attentivement le parcours et d’un ton malicieux dit : « Elle a fauté ! »
En effet, elle était retournée au chalet dans ses mêmes passes, mais en faisant un léger écart. Quel œil de maître !
Spécialiste de la chasse au terrier avec ses amis Henri Rouiller et Romain Geinoz, il a parcouru la moitié du canton pour ramener une multitude de renards. Il n’était pas rare qu’il doive dépecer 5 à 6 goupils le soir venu avec une dextérité hors du commun. Deux minutes pour un lapin et 15 minutes pour un renard en gardant les griffes !
Pour rien au monde, il n’aurait manqué les essais de chiens avant l’ouverture du chevreuil. Ceux-ci lui permettaient de découvrir les présences, ainsi que le parcours du gibier et par là-même les bons postes. Quelle magnifique musique lorsqu’il lâchait toute la meute ! La rentrée au foyer était parfois un peu laborieuse, car les explications donnaient soif et, « Jean de la vigne » aidant, il lui est même arrivé d’exécuter, sur un tapis de feuilles de foyard, une curieuse danse qu’il intitulait « la danse endiablée ».
Quel farceur !
Durant toutes ces années de pratique cynégétique, Coq eut l’occasion d’assister à quelques scènes exceptionnelles. En voici un exemple. Marcel Guisolan — son ami et voisin de toujours avec lequel il pratiqua son art durant près de 50 ans — effectuait une battue au chevreuil. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’il entendit corner la mort, alors qu’aucun coup de feu n’avait été tiré. Arrivé chez son collègue, il constata qu’un beau brocard était à terre. « L’affaire est dans le sac ! » lui dit Coq. « Comment est-ce possible, tu n’as pas tiré ? » Celui-ci lui expliqua qu’au moment où il levait le fusil, le chevreuil fit un formidable bond de côté et se brisa la nuque contre un sapin.
Quel veinard !
Parlons un peu de la chasse aux chamois et aux chevreuils. Marcel, le chamois, ce n’était pas vraiment sa préférence ; mais Jo Mesot et Pépé l’avaient convaincu. Le voilà parti pour les Gastlosen, Terre Rouge et l’Oberrügg. Et là, il réussit quelques beaux coups de carabine. Pour son 50e permis, ses amis de Grattavache, Jo, Boubou, Pierrot, Philippe et Daniel l’emmenèrent à Bonaudon. Un beau trophée et une belle camaraderie.
La passion de la chasse au chien courant prenait le dessus lorsque les chamois n’étaient pas au rendez-vous et qu’il entendait les chasses résonner dans la vallée ; ces échos qui faisaient ressurgir tant de belles images ! L’appel de la plaine était trop fort et là, basta. « Je rentre au village. Demain, c’est la plaine ! » Nous avons partagé tant de beaux souvenirs en compagnie de ses chiens Diane, Milord, Béline et Bobby.
Il était parfois un brin superstitieux. « Aujourd’hui j’ai mis le vieux chapeau et j’ai pris mon ancien sac de montagne ». Mais la chance faisait quand même défaut. Alors il reprenait les paroles de son professeur Bougnat : « Vouè l’è on dzoua dè ginye. No fô lèvi a la Vèryère pu chè choulâ dè djija to Ie dzoua ».
Louis se souvient plus particulièrement du boc de la Désalpe. Après une semaine de chasse, cette année-là, il avait aperçu une bonne dizaine de chevreuils, mais sans pouvoir lâcher un seul coup de fusil. Il ne savait plus à quel poste aller. Il en connaissait tellement ! Louis dit : « Aux essais de chiens, par deux fois « à droit jeu », la chasse est passée à peu près là-bas, en direction du Niremont. Coq de répondre : « Ah, au vieux poste de dans le temps ! Alors, je vais le cueillir au mètre près ! »
Sitôt dit, sitôt fait. La battue est engagée et pan. Arrivé sur place, que d’explications ! J’ai tiré sur un boc avec des bois grands comme ça. » (Cela me rappelle mes exploits de pêche.) « Et alors, il est où ? » « Je l’ai eu. Il a bien marqué le coup et en partant, il a redoublé de vitesse. »
La recherche s’engagea et Louis trouva un magnifique brocard qui avait essayé, dans un dernier souffle, de prendre la fuite en pleine montée.
Il fut fêté au champagne qu’il avait trimbalé dans son sac toute la matinée. Ce fut ensuite le cortège de la Désalpe et la fête en communion avec tous ses amis Semsalois et ses autres amis chasseurs Yvan, Michel, Gérard, Eric, Seppy, René, Freddy...
Quelle journée inoubliable !
Son humour et ses phrases fétiches résonnent encore dans nos têtes. C’était aussi un conteur-né qui savait faire partager sa passion. Il aimait la compagnie des gens. Il appréciait particulièrement les deux plus jeunes chasseurs du groupe, Franck et Didier, et il était pour eux comme un père spirituel.
Son neveu Jean-Pierre se souvient de soirées mémorables au carnotzet où il revivait ses journées en mimant chaque geste. Il l’écoutait religieusement, le tout ponctué de grands éclats de rire. Le virus lui fut transmis. Il est devenu chasseur à son tour, ainsi que son épouse Christine.
Merci Marcel ! Tu resteras toujours dans nos cœurs.
Ton groupe de chasse
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