L'événement     2007   Château-d'Oex - 125e

Allocution du conseiller d’Etat Charles-Louis Rochat à Château-d'Oex le 16 juin 2007
(Résumé)

Je vous apporte le salut et la considération du Conseil d'Etat vaudois.
Il faut fêter les anniversaires. Ils permettent de mesurer le chemin parcouru, les modifications intervenues dans la société et préparer l'avenir…
Vous l'avez bien compris, Mesdames et Messieurs les membres de Diana Suisse, vous qui avez associé une réflexion à cet anniversaire, celle de la chasse durable. Cette initiative démontre à elle seule que l'image à laquelle certain esprit contemporain, certaine presse veut vous affilier, est totalement erronée. Le chasseur n’est pas cette brute sanguinaire qui ne comprend rien aux mécanismes biologiques et qui finalement ne fait qu'assouvir un instinct méprisable…

1882-2007


En 125 ans, force est de constater une modification drastique du milieu, une emprise immobilière très importante sur le territoire et une gestion de celui-ci complètement différente. Ces changements ont bouleversé également les esprits. A la veille des élections fédérales, on mesure toute l'importance que prend dans les programmes politiques la relation de l'homme avec son environnement. Les chasseurs doivent trouver leur place dans cette mutation.
Et vous le faites, parce que vous avez compris que pour pratiquer votre activité, vous devez disposer d'un milieu qui s'y prête et sur lequel on doit travailler… Et aussi parce que vous avez envie, et c'est une de vos missions, de permettre à vos arrière-petits-enfants de goûter à cette passion raisonnée.
Mesdames et Messieurs, je ne sais pas si je vais ressortir vivant de cette cantine après vous avoir dit que vous êtes des écologistes qui s'ignorent… De vrais écologistes, du terrain, et non pas des idéologues, non pas des idéalistes qui prônent les interdictions et pensent retrouver un Eden à jamais perdu !
Notre société change, et avec elle les principes et les vecteurs de communication aussi… j'allais dire surtout !
Alors, quelles sont vos armes pour ne pas être relégués au rang de sympathiques peut-être, mais désuets témoins d'une époque passée ? Pas forcément le superposé calibre 12 à platines, ½ choke dessous, ¾ choke dessus. Pas forcément non plus le massacre du 14 cors fixé sur la cheminée du salon et dont Madame votre épouse tolère, certes, la présence, mais n'en pense pas moins. Non, je crois que votre meilleure munition, c'est le travail en faveur de l'environnement, votre participation active à la revitalisation des milieux.
A ce titre, je félicite les chasseurs jurassiens qui ont bien compris les enjeux et répondent positivement à la condition émise à l'obtention du permis : soit participer au moins à une journée de travail. Ce principe que d'aucuns dénoncent comme une nouvelle obligation, une nouvelle entrave à la liberté - nous aurons toujours des grincheux - permet d'établir des bilans et croyez-moi, lorsque le Conseiller d'Etat que je suis préside la Commission consultative de la faune, là où se décident les plans et les modalités de chasse, il se réjouit de mettre en avant cette prestation de la part des chasseurs qui vient contrebalancer les propositions restrictives d'autres partenaires associés et que l'on doit aussi écouter.
La 2e action, et la survie même de votre association, de vos sections, de la chasse elle-même en dépend, c'est d'assurer l'effectif de vos troupes. Le chasseur est par essence individualiste ; il doit faire effort pour associer à son activité d'autres personnes ; c'est comme cela que l'on suscite les vocations et rajeunit les rangs. Je souhaiterais également, dans ce sens, que vos fédérations cantonales militent pour la réciprocité de mesures mises en place dans certains cantons qui admettent et encouragent les invitations des chasseurs extra-cantonaux. Ceci renforcera le corps.
Qu'il me soit permis ici de féliciter ceux qui apportent leur pierre à l'édifice en rappelant que la chasse est certes une activité de plein air, mais bien davantage que cela une culture. Alors, merci et bravo à l'ensemble des sonneurs de trompes qui sont associés à cette manifestation et qui fêtent aujourd'hui le 25e anniversaire de leur fédération.
Il ne serait pas correct ici à Château-d'Oex, cœur d'une région intercantonale soumise à une problématique particulière, de ne pas évoquer celle du lynx, et plus largement des grands prédateurs. L'Office fédéral de l'environnement, avec qui nous travaillons étroitement et que je remercie d'être présent ici, a reconnu par l'intermédiaire du groupe Kora une surpopulation de lynx dans cette région.
Nous sommes donc en mesure d'appliquer le concept fédéral. J'ai donc demandé à la Confédération l'autorisation de tir des animaux excédentaires. Monsieur le Conseiller fédéral (Christoph Blocher, réd.), je souhaite obtenir cette autorisation non pas seulement pour résoudre un problème local, mais surtout pour clarifier le rôle des intervenants et donner aux cantons les compétences qu'on lui attribue sur le papier, pour préserver l'équilibre des espèces. J'encourage de plus l'Office fédéral à entreprendre rapidement une révision de la loi sur la chasse donnant la base légale solide pour la gestion de ces espèces à problèmes.
Mesdames et Messieurs les chasseurs, et je suis l'un des vôtres, nous devons modifier notre discours sur les grands prédateurs, nous devons arrêter de les condamner systématiquement, de façon à convaincre non pas nos adversaires fondamentalistes, c'est impossible, mais bien la presse et le grand public. Et pour cela, reprendre un slogan que nos amis français cultivent :

"La chasse, c'est naturel"

Cette maxime explique tout:
  • L'ordre hiérarchique des espèces, la place de l'Homme dans la Nature - au sommet de la pyramide redisons-le -, la relation proie-prédateur, l'équilibre des choses.
  • L'Homme peut prélever, c'est son droit, c'est souvent son devoir. Pour cela, il se réserve une part (1, 2, 3 chevreuils, chamois, cerfs) par exemple.
  • Dès lors que la concurrence des grands prédateurs - qu'il doit par ailleurs accepter - prélève trop dans ce garde-manger, il est en droit d'en assurer la régulation.
  • Gardons-nous de cultiver un sentiment de culpabilité, car nous avons une place naturelle à défendre.

Je termine en félicitant les chasseurs dans cette volonté qu'ils ont à se regrouper, pour se mettre d'accord, pour être plus forts. Vous le savez, la littérature cynégétique est abondante et s'il n'y avait, à part la revue Diana, qu'un seul ouvrage à lire, cela serait "la chasse alpestre" d'Alpinus. L'auteur résume tout en une seule phrase : "Et lorsque de tous côtés, j'entends dire la chasse meurt, la chasse est morte, je réponds : Pour le vrai disciple de St-Hubert, la chasse est immortelle dans notre pays dauphinois". Chers amis chasseurs, cet écrit date de 1872…
Alors, vive Diana Suisse.
Elle fêtera son 200e.
Vive la chasse !

Charles-Louis Rochat