Edito de la revue     Janvier 2012   Rédacteur: Michel Bréganti   Tél. 024 471 59 51

 

 

Le lynx, ce squatter écolo

 

Le lynx, ce squatter écolo, deviendrait-il le meilleur agent de communication de nous autres gens de terrain ?

Par sa venue artificielle, il y a 40 ans (1971, Obwald), non seulement il incitait les idéologues à s’arroger le droit absolu de régir la nature, mais il créait aussi, sous le toit de l’Office fédéral de l’environnement, des emplois pour une nébuleuse d’experts autoproclamés. Bon pasteur de l’économie alpestre, il lui imposait ses propres règles, et n’hésitait pas à gonfler ses notes de frais. Enfin repenti, le lynx a admis son énorme bourde écologique, au point que sa pression dévastatrice alarme le pouvoir politique. Aujourd’hui, on envisage de le délocaliser davantage, voire de le réguler. A preuve : le Conseil d’Etat vaudois «exprime clairement sa volonté de diminuer le nombre de lynx dans le canton, comme il a demandé à plusieurs reprises que des compétences supplémentaires soient accordées aux cantons en matière de gestion des grands prédateurs».Sur la base des monitoring officiels effectués par la Kora, l’analyse effectuée en début d’année 2011 par la FSVD, assortie des interventions de son comité, n’y est pas étrangère. L’inventaire ainsi établi, même si certainement sous-estimé, faisait état de quelque 16 lynx dans les Alpes et Préalpes vaudoises contraints de se partager, pour chacun d’eux, 28km2 d’habitat favorable, et d’une dizaine dans le Jura vaudois se partageant ainsi 72km2 chacun.Lors de son introduction, le lynx promettait de respecter les normes de sa cohabita­tion avec la faune, soit un individu sur une aire qui ne devait pas être inférieure à quelque 200km2. Le 26 juin 1976, seuls deux mâles auraient été lâchés à Taveyanne.
Ainsi, notons que
les 166 km2 du Pays-d’Enhaut correspondaient à la présence de pas même un lynx ! Deux ans plus tard, la Kora reconnaissait que «la prolifération de ce prédateur a été imputable aux deux tiers de lâchers illégaux».Connaissant l’appétit de ce prédateur, le résultat ne s’est pas fait attendre et l’on a pu rapidement déplorer les pertes importantes tant pour le chevreuil que pour le chamois. En mars 2004, la Diana du Pays-d’Enhaut publiait un rapport dont l’Office fédéral n’a pas voulu tenir compte lui préférant le « Concept-Lynx » conçu pour s’opposer à sa régulation raisonnée, comme aussi un silence approbateur a suivi les lâchers clandestins. On s’y attendait : vu l’évolution actuelle de la situation, Mr. Serge Ansermet, secrétaire VD du WWF, dans le courrier des lecteurs de 24 heures, le 17 no­vembre dernier pleurnichait à nouveau après une na­tu­re revenue à l’état d’Eden et d’intituler son incantation : «Les dégâts imaginaires du lynx».Rendons-nous à l’évidence : il est utopique de rêver à un équilibre naturel des espèces, surtout lorsque la prolifération des prédateurs n’est pas contrôlée. Après avoir fait la sourde oreille et fermé les yeux sur les populations de chamois et chevreuils décimées, on entend déjà ces idéologues pleurer les lynx qui mourront de faim, faute d’ongulés à dévorer !

Au nom du Comité de la FSVD

Philipe Duperrex