Diana Suisse     2010

Lettre ouverte à Otto Sieber, secrétaire central de Pro Natura

Monsieur,

Le dernier magazine de Pro Natura de juillet 2010 offre à ses lecteurs un dossier de plusieurs pages sur la chasse en Suisse. La lecture de l’article intitulé « à propos » réalisé par vos soins, nous a amené à la réflexion suivante : voilà un représentant de Pro Natura qui propose un message d’ouverture et de dialogue envers les chasseurs. Malheureusement, la suite des articles nous a fait déchanter et revenir sur terre. Nous avons rapidement constaté - encore une fois serions-nous tentés de dire - que les auteurs ne connaissent pas nos activités cynégétiques. Ils livrent un flot d’informations disparates, constitué d’imprécisions et d’approximations. Cela pose la question de la légitimité de Pro Natura à traiter du thème de la chasse dans son magazine et de juger la pratique des 35’000 chasseurs suisses. Afin de vous permettre de comprendre notre étonnement et notre surprise suite à la lecture du magazine, nous avons choisi de manière non exhaustive quelques passages et arguments avancés par les auteurs du dossier.

Myriam Balmer cherche à convaincre son public à l’aide de la notion « d’avocat » - qui a fait long feu devant le peuple suisse en votation ce printemps - que la nature est mal défendue et qu’elle « a besoin d’avocats efficaces ». Elle exclue selon toute évidence le chasseur comme un acteur crédible et un ardent défenseur de cette nature. Elle affirme sans argument qu’une « chasse durable n’est pas encore une réalité dans notre pays ». Elle oublie d’insister que sans des biotopes riches, pas de gibier et donc pas de chasse. Plus loin, elle présente la Suisse comme une « société motivée par des considérations économique » et peu soucieuse de la biodiversité. Elle pourrait ajouter que seul des pays riches comme la Suisse, peuvent se permettre d’effectuer des recherches scientifiques sur la gestion des espèces et effectuer les suivis onéreux des grands prédateurs afin de favoriser un retour problématique. Cerise sur le gâteau, Mme Balmer affirme que des « adaptations nécessaires » de la pratique de la chasse restent à faire, « voire carrément un changement système comme dans le canton de Genève » soit, si nous comprenons son propos, l’absence d’une pratique cynégétique sur tous les territoires de la Suisse.

Urs Tester, en introduction de son article, montre l’inutilité de la chasse en regard de la problématique de l’approvisionnement alimentaire. Il indique qu’« il y a belle lurette que la chasse ne sert plus à se procurer de la nourriture. ». Il ne juge pas nécessaire de donner à ses lecteurs, les chiffres annuels de la consommation de venaison en Suisse ou la viande de cervidé et les autres pièces de gibier restent prisées par les consommateurs et les gourmets. Il indique que la chasse en Suisse est comme « une sorte de système fermé » qui ne bouge pas et n’accepte pas la modernité du monde. Selon ses références, les chasseurs sont des êtres « repliés sur eux–mêmes », réfractaires à la « critique lorsqu’elle est émise à l’encontre de la chasse ».

Adrien Zeender, de son côté, part en guerre contre les chasseurs qui ne veulent pas reconnaître « les espèces menacées ou en voie d’extinction » comme par exemple « le lièvre, la bécasse des bois, la sarcelle,… » . Il indique de manière à peine voilée, l’absence de connaissance scientifique et le peu de recul pris par les chasseurs en regard des prélèvements qu’ils effectuent. Il stigmatise le dédain porté par les chasseurs en regard de la fameuse « liste rouge ». A titre d’exemple, il nous parle de la bécasse des bois en faisant référence à une étude scientifique qui tire des conclusions hâtives à l’aide d’une analyse du comportement migratoire de moins de cinq individus.

En résumé, les approximations et les attaques faites dans ce dossier en regard de la pratique de la chasse et des chasseurs en Suisse sont difficiles à comprendre. Le tableau brossé dépeint un disciple de Diane qui « s’autoproclame amoureux de la nature en farcissant de grenaille des espèces de la liste rouge », qui n’admet pas les remises en question et qui possède un penchant héréditaire pour « provoquer l’extinction de beaucoup d’espèces animales ».

Heureusement, en regard de ce triste tableau, peu ou aucune évocation du chasseur romand. Lui, n’existe pas ! Aucune mention des activités cynégétiques effectuées dans la partie occidentale de la Suisse, sauf pour s’inquiéter de la disparité des tableaux de chasse entre le canton de Neuchâtel et du Jura. Aucune caractéristique de la chasse à patente en pays romand, sauf pour indiquer et vanter les mérites d’un modèle de gestion de la faune mise en œuvre à Genève. Un canton, faut-il le rappeler, sans pratique de la chasse, dont les citoyens contribuables paient les nombreux gardes-faune professionnels chargés d’occire, nuitamment parfois, renards, chats errants, sangliers, lièvres (voir à ce sujet les statistiques de l’OFEV, 2008).

Pourquoi les auteurs des articles n’ont-ils pas jugé nécessaire d’indiquer aux lecteurs, avec toute l’objectivité requise, les caractéristiques de notre activité cynégétique ? Pour mettre sur la voie ceux qui cherchent à mieux comprendre qui nous sommes, voici quelques suggestions à publier dans un prochain dossier. Vous pourriez montrer l’attachement des chasseurs envers les races de chiens, ces précieux auxiliaires utilisés avec compétences et un savoir-faire ancestral pour retrouver le gibier blessé. Vous pourriez parler des travaux réalisés chaque année en faveur des milieux naturels par des chasseurs en terre romande. A titre d’exemple, dans le canton du Jura et ceci depuis plus de dix ans, les quelques 400 chasseurs effectuent des plantages de haies et revitalisation de biotopes en collaboration étroite avec certains milieux de protection de la nature. Ces démarches sont une condition nécessaire pour avoir le droit de chasser. Vous pourriez détailler les épreuves d’examens et les matières enseignées lors des cours destinés aux candidats chasseurs romands motivés à obtenir le droit de chasser et non « le droit de prédation » comme vous l’avez si maladroitement mentionné. Ils auraient également été nécessaire d’entendre des personnalités romandes en questionnant, par exemple, le président de Diana Suisse, le garde-faune valaisan au prise avec des moutonniers en colères ou encore le citoyen de Delémont appréciant la dégustation d’une pièce de venaison chaque automne ?

La méthode employée qui consiste à durcir le ton et qui cherche à effectuer des approximations en regard des réalités de la chasse en Suisse éloignent la voix des chasseurs ouverts au dialogue que nous sommes. Quel choix avons-nous ? Celui de radicaliser à notre tour notre discours afin de défendre nos activités cynégétiques ? Après la chasse aux oiseaux et les demandes incessantes pour supprimer cette chasse, ainsi que celles qui consistent à limiter les périodes d’autorisation de la pratique de la chasse, qu’elles seront vos futures demandes de restrictions appuyées par des recherches qui vont dans le sens de votre idéologie ? Alors, face à ces constatations, pourquoi vouloir inviter les chasseurs et les autres acteurs concernés par les questions de la gestion de la faune sauvage en Suisse à une table ronde au mois de novembre ?

Nous vous remercions de l’attention portée à nos propos.

Bureau de Diana Suisse, Sur la Maille 15, 2942 Alle :
Marcel Lachat, président
Jean-Luc Berberat, vice-président
Marie-Françoise Mertenat, secrétaire
Jean-Marie Boillat, caissier.