Pas de programme, juste l’envie de découvrir la nature, de m’y balader et peut-être avoir la chance d’observer quelques élans, plus grands cervidés d’Europe.

Ma première randonnée m’emmène au sommet du magnifique Mont Gausta. Sur le chemin, j’aperçois un homme vêtu de vert tel un chasseur, accompagné d’un chien. Je l’aborde, me disant qu’il pourrait peut-être m’indiquer où me diriger pour apercevoir les fameux élans. Il me dit que ce n’est plus possible étant donné que l’ouverture de la chasse est pour lundi prochain. Arne est disciple de saint Hubert et son compagnon est un chien d’élan, quelle bonne surprise. Je lui montre des photos reçues des amis valaisans et lui demande s’il serait possible d’accompagner des chasseurs. Il m’explique que c’est difficile et me transmet le numéro de son fils Michaël, qui vit dans la région du Telemark pour lui faire part de ma demande.

Arrivé au sommet, quel panorama incroyable! Certainement l’un des plus beaux de ma courte existence, de vastes étendues sauvages composées de collines, de forêts et de lacs, je peux apercevoir les grands plateaux du Hardangervidda National Park où vivent les rennes. Je profite de la solitude, la tête dans les nuages, admirant ces paysages et rêvant d’aventures et de chasses.

Les pieds dans le vide…

Les jours suivants, j’ai traversé le Hardangervidda faisant de petites randonnées sur les traces des élans et des champignons, dormant au bord de lacs magnifiques. Pendant ce temps j’ai reçu des nouvelles et je vais pouvoir être accompagnant pour une journée de chasse à l’élan.

En attendant, je pars pour le trek du Trolltunga (la langue du Troll), un point de vue que je me suis promis de visiter une fois. La randonnée débute par un escalier de pierres de plus de quatre cents marches au travers d’une forêt de bouleaux. Ensuite on franchit un petit col, puis le sentier longe les falaises du lac Ringedalsvatnet. Au bout de 11 km dans une ambiance nordique, nuages, vent et froid, j’atteins cette œuvre d’art naturelle. Je m’assois là, au bout du rocher, les pieds dans le vide, encore un endroit magique, impressionnant et reposant à la fois, un vrai bonheur. J’y passe la nuit sur un sol très humide avec un vent à décorner une Hérens, mais je m’y sens bien.

Camping au bord du lac.

Il est enfin temps de rejoindre les Nemrods norvégiens. Une journée de bus à travers l’ouest du pays et on va venir me chercher sur les rives d’un lac. Je rejoins Michaël sur sa modeste embarcation. Sur la traversée du lac nous faisons connaissance. Il me loue une cabane et me donne rendez-vous à 8h demain. Je prends le temps de voguer seul sur une barque, rêvant à l’aventure à venir.

Le jour J

Nous prenons la route sur quelques kilomètres et nous enfonçons dans la forêt pour rejoindre la cabane de chasse, une charmante construction en rondin, ornée d’un trophée d’élan. Quand on y entre, le groupe nous attend avec les chiens allongés à leurs pieds. Le doux fumet du café se propage et le feu crépite, l’ambiance est agréable. Je me présente, je suis très bien accueilli et on m’offre café et biscuits. Toutes les générations sont représentées, ils discutent afin d’organiser la chasse. Il est 8 h 45 quand on se met en route, je suis étonné de l’heure tardive et je questionne un chasseur qui me dit que les Norvégiens aiment les bonnes nuits de sommeil et qu’ils ne sont pas pressés.

Sur la route, Michaël m’explique le plan de chasse. Ils ont déjà prélevé deux élans, un mâle et un faon, aujourd’hui ils cherchent le «big one» comme il dit en riant. Nous parquons sur le bord de la route et commençons la marche, rapidement nous trouvons des traces fraîches, encore quelques minutes et nous voilà au poste. L’attente commence! A peine vingt­­ minutes plus tard, nous entendons un coup de feu. Bingo, le tireur a fait mouche! La chasse est terminée,  nous quittons le poste et partons les rejoindre. Je ressens une grande excitation à l’idée de voir mon premier élan.

Avec l’imposant trophée du big one.

Un magnifique et impressionnant animal qui doit peser environ 250 kg. Je suis heureux de pouvoir vivre ces instants magiques. Femmes et enfants nous rejoignent. Pendant que nous nous affairons à vider l’énorme élan, d’autres préparent un feu. Nous chargeons la bête et on s’assied tous ensemble autour du feu. Certains grillent des saucisses, d’autres des tranches de pain recouvertes de fromage un peu comme une ruchia et on partage du café. Ici il n’y a ni vin ni bières ni cigarettes, juste de la bonne humeur et du partage. On m’offre chaleureusement café, saucisses de rennes, saucisses grillées et gâteau. Je ne sais comment les remercier,  je me sens très bien. Le tireur me raconte son aventure en me montrant chaque endroit et en me décrivant tous les détails, sa joie laisse imaginer l’émotion ressentie. On parle de chasse mais également de pêche. Ils me montrent des photos, des truites de plus de 2 kg et des saumons allant jusqu’à 7 kg. Suite à ce moment convivial, nous reprenons les voitures pour aller au local de boucherie.

Arne m’explique que nous allons tout de suite faire le dépeçage pour éviter que la peau ne durcisse. Nous commençons le travail et c’est avec plaisir que je saisis mon couteau pour les aider, ensuite nous pesons la carcasse sans la peau ni la tête, elle fait 197 kg. Dès lors, le tireur s’affaire à la préparation du trophée. Je devais passer une seule journée mais on m’invite pour le lendemain à chasser le chevreuil, quelle chance!

Le big one doit peser dans les 250 kilos!

Le lendemain, Arne vient me chercher, nous allons mener le chien ensemble. Les chasseurs sont déjà postés, nous rejoignons le point de départ pour commencer la traque. Arne sort son chien, petit, au poil noir mi-long et touffu, c’est la race que l’on dit chien d’élan. Il lui enfile un harnais de cuir fabriqué maison avec une longe d’une dizaine de mètres, il me dit que dès lors le chien comprend le travail qui l’attend. La méthode consiste à laisser travailler le chien en le suivant, de la même manière que pour la recherche au sang. Dès que le chien sent un gibier, il n’aboie pas mais se dirige vers lui, le chasseur ainsi guidé trouve le gibier qui fuit devant lui sans être trop effrayé et n’allant donc pas trop vite, une technique qui m’était encore inconnue. Nous marchons suivant le chien et effectuons une grande boucle en passant devant les chasseurs. Nous rentrons bredouille mais heureux après une magnifique balade en forêt. Nous passons chez Arne pour prendre du matériel de boucherie et celui-ci me fait visiter son atelier de couteaux artisanaux. La Norvège possède un grand savoir-faire dans la fabrication des couteux artisanaux et chaque chasseur en possède un. Nous rejoignons ensuite le groupe pour la pause déjeuner.

Tous ensemble autour du feu.

Nous passons un agréable moment tous ensemble près du feu avant de commencer la boucherie. Je me porte volontaire pour leur donner un coup de main. Tout le monde s’y met et nous passons l’après-midi à faire la découpe de ces trois élans. Rien n’est gaspillé, ils récupèrent même les os qu’ils scient afin de préparer du fond de gibier. Le travail terminé, les chasseurs se partagent la viande et s’en vont. Je reste seul avec Arne près du feu, il me raconte les dernières histoires de chasse et de pêche. Je sens une très grande passion et une grande expérience. Je le remercie de m’avoir accordé le privilège de partager ces deux journées de chasse que je n’oublierai jamais. On se serre la main et on se dit au revoir. Il s’éloigne et tout d’un coup s’arrête, il se retourne et me dit: reviens quand tu veux, tu sais où est ma maison et ma porte est ouverte. Je le remercie encore et il s’en va.

J’y retournerai…

Une dernière nuit au camping et je rejoins Oslo pour une journée en ville avant mon retour.

Ce voyage en Norvège me laissera un souvenir merveilleux. C’est un pays d’une grande beauté avec une nature sauvage et préservée. Les paysages sont à couper le souffle, les vastes forêts feraient rêver le chasseur et les nombreux lacs emplis de truites et de saumons occuperaient la vie entière d’un pêcheur. La météo très changeante et les prix très élevés sont le seul défaut à cette destination. A CHF 10.– la bière de 3 dl, les apéros sont calmes!

Je retournerai dans ce pays pour chasser, pêcher et grimper. J’emmènerai amis ou famille pour partager ce bonheur. Je remercie les chasseurs du Telemark de m’avoir si bien accueilli et d’avoir partagé ces moments uniques que procure la chasse.

Texte et photos Max Rey

 

 

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