Autrefois, dans les régions de plaine, on aimait pratiquer la basse chasse (gibier à plume sédentaire et migratoire, lièvre brun). Dans les vallées supérieures, le gibier le plus convoité était le chamois; mais on chassait aussi la marmotte, le lièvre variable et le tétras-lyre. Avec l’augmentation des ongulés et l’arrivée du cerf puis du sanglier vers 1985, ainsi que les restrictions progressives pour les amateurs de basse chasse à la fin des années 60, il y eut une inversion progressive de la tendance. Si, en 1970, furent délivrés 4000 permis pour la basse chasse et 1000 pour la haute chasse, en 2016, le premier est tombé au-dessous de 800 unités, tandis que le second a grimpé à 1800 unités.

Une belle chèvre. © Photo Kevin Cescotta

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Le permis de chasse au Tessin est régi par une législation stricte. Les carabines à répétition et les calibres inférieurs à 7 mm (resp. 270 W) sont interdits. Chacun doit trouver un bon compromis pour avoir une arme appropriée pour toutes les espèces chassées à la haute chasse. L’utilisation des véhicules à moteur est soumise à des limitations et, dans un réseau de réserves étendu, la chasse est interdite pour assurer au gibier la protection et la tranquillité; dans le cas du cerf, une bonne répartition des places de brame non perturbées est réalisée. Depuis plus de dix ans, la chasse en fin d’automne est un moyen de réguler les populations de cerfs en prélevant des biches et des jeunes, et depuis quelques années elle est également étendue au chevreuil. Les effectifs nécessitent une bonne régulation qualitative, en particulier où les conflits surgissent à propos des cultures et des forêts, ce qui n’est pas toujours facile.

Depuis quelques années, les effec­tifs et les prises de chamois sont en baisse, un phénomène également connu dans d’autres cantons alpins. Le changement des prescriptions en 2003 (obligation de prélever un éterlou ou une chèvre non allaitante prioritairement à un bouc) n’est pas tout à fait étranger à cette baisse, car cette prescription a induit une pression de chasse excessive sur le chamois. La Fédération des chasseurs tessinois – trente-six sections locales – est constamment à la recherche de solutions pour la protection des ­espèces en proposant une gestion correcte qui, en même temps, ne ­pénalise pas trop les chasseurs. Un compromis pas toujours facile à trouver.

Prélèvement des ongulés en 2017.

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Qui peut chasser?

Pour chasser au Tessin, il faut avoir passé l’examen dans le canton. La pré­paration prend un an et demi et chaque candidat doit participer à cinq jours de préparation avant de s’inscrire à l’examen écrit et oral dans les différentes matières cynégétiques importantes; l’examen se termine par une épreuve de tir à balle et à grenaille. Cela assure au candidat une bonne base théorique et pratique.

Peu de chasseurs tirent la chevrette. © Photo DR

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La FCTI collabore activement à la préparation des candidats avec des professionnels et des chasseurs expérimentés qui assurent gratuitement vingt cours du soir et deux jours de formation. Chaque année, une cinquantaine de nouveaux chasseurs commencent à pratiquer la chasse; pour assurer un renouvellement générationnel et gérer les populations de cerfs et de sangliers, il en faudrait un peu plus. Le coût de la patente est de CHF 550.– (haute chasse) et CHF 200.– (basse chasse) pour les résidents du canton: un prix raisonnable en regard de la quantité de gibier pouvant être prélevée; de façon illimitée pour le sanglier et très facilitée concernant le cerf.

Pour réussir dans la chasse tessinoise, il faut consentir beaucoup d’efforts, acquérir de l’expérience, avoir de la patience et un peu de chance.

La loi de 1905 et le permis de mon père de 1913. © Photo Marco Viglezio

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Le gibier prélevé conformément aux prescriptions doit être présenté aux gardes-chasse cantonaux; le gibier appartient alors au chasseur.

La fièvre de la haute chasse

Au Tessin, la haute chasse commence le 1er septembre et dure vingt-trois jours. Les cerfs – exceptés les mâles de plus de 2 ans qui ne sont autorisés que les quinze premiers jours –, les sangliers, les renards et les blaireaux sont chassés pendant toute la période, alors que les chamois et les chevreuils ne le sont que pendant les treize premiers jours. Quant aux marmottes, leur chasse est limitée à deux jours seulement.

Malgré l’abondance de gibier, l’envie et la rivalité entre chasseurs génèrent parfois des tensions. Un phénomène connu dans d’autres cantons pratiquant la chasse à ­patente, probablement en raison de la pression élevée de la chasse pendant une période limitée.

Herbe précieuse… © Photo Christine Viglezio 

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Cerfs et sangliers dans le viseur

En plus de la problématique du cerf, le sanglier représente aussi un gros problème. Les populations de ces espèces ont augmenté ces dernières décennies. En dépit d’une stratégie de prélèvement pour le sanglier pratiquement chassé toute l’année et pour le cerf qui connaît de nombreuses possibilités de tir, le total des dommages indemnisés est toujours élevé (CHF 765 000 en 2016, dont 75% causés par les cerfs); leur chasse devient difficile. Malgré cela, pour certains, les effec­tifs sont encore trop élevés et on augmente la pression sur les chasseurs. Une partie du prix des permis alimente un fonds utilisé surtout pour l’indemnisation des dommages causés par le gibier aux cultures. Le sanglier est chassé intensivement du début septembre au début février. Le reste de l’année, les individus causant des dommages sont abattus par les gardes. La chasse au sanglier est pratiquée par des groupes d’au maximum quatre chasseurs ou individuellement, à l’approche.

Les prélèvements de cerfs augmentent de façon constante depuis 1980 et ont atteint un pic maximum de 1959 unités en 2015. Il y a quatre décennies, le chasseur n’était autorisé à tirer qu’un unique cerf mâle d’au moins six cors. Mais ces dernières années, les possibilités de prélèvement ont sensiblement augmenté, en théorie car aucun chasseur ne parvient à épuiser les quotas comprenant des faons, des daguets et des femelles allaitantes, accordés à la fin de la chasse d’automne.

L’expansion progressive du cerf dans le haut du Tessin implique une compensation systématique des herbages broutés. Dans la seule Levantine, l’indemnisation est deux fois plus élevée que dans la totalité du canton des Grisons. Une gestion minimale des réserves de chasse – dont certaines trop étendues et d’autres restées inchangées depuis des décennies – entraîne une hausse progressive des indemnisations.

Par exemple, l’interdiction de la chasse sur le mont San Giorgio dans le Mendrisiotto depuis 2008, heureusement révoquée en 2015, et un arrêté du Tribunal administratif qui a reconnu une indemnisation aux viticulteurs de CHF 10.– par kilo de raisin consommé par le gibier, ont ainsi provoqué une hausse des indemnisations.

Chevreuil et bouquetin

Jusqu’en 1995, le cerf était chassé tous les deux ans – en alternance avec la marmotte! – et seul le brocard était chassable. Aujourd’hui, le brocard n’est chassé que pendant trois jours en septembre et de nombreux chasseurs renoncent encore à tirer des chevrettes; les faons sont interdits pendant la haute chasse.

Le total des prélèvements est donc très modeste et la proportion entre les chevreuils tirés et ceux trouvés morts pour d’autres causes est presque paritaire.

Celui qui a pris au moins dix permis a le droit de s’inscrire à la chasse spéciale du bouquetin pour tirer une chèvre non allaitante. Après trois à cinq ans, il pourra s’inscrire à nouveau pour un bouc de bouquetin dans la catégorie d’âge (1-3, 4-5, 6-10 ou 11 ans et plus) fixée par ­tirage au sort. Le coût du permis est de CHF 200.– et le prix du gibier varie de CHF 100.– à 150.– pour les chèvres et les jeunes, et jusqu’à CHF 400.–­ pour les boucs de plus de 6 ans.

Le tableau annuel s’élève à une trentaine de bouquetins. Il s’agit d’un prélèvement très prudent pour un effectif estimé à plus de mille bouquetins et souvent inférieur aux animaux retrouvés morts à la fin de l’hiver. Pour l’année en cours et à la demande de la FCTI, il est prévu d’augmenter le nombre de bouquetins à prélever ainsi que les zones de chasse.

Basse chasse en haute montagne. © Photo Renato Fiscalini

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Basse chasse

Du 16 octobre à fin novembre, on chasse le lièvre variable et le lièvre brun, le lagopède alpin, le tétras-lyre et la bécasse. La basse chasse est pratiquée presque exclusivement avec des chiens courants ou des chiens d’arrêt. Grâce à une surveillance régulière des espèces par monitoring, le suivi de leur population est assuré et les prescriptions sont continuellement mises à jour et optimisées. La limitation de l’utilisation des véhicules à moteur, le nombre de jours et de prises, ainsi qu’un nombre de réserves interdites à la basse chasse très supérieur à celui pour la haute chasse, permettent une gestion prudente de ces espèces et en empêche une exploitation excessive.

Texte Marco Viglezio (traduction: Jean-Pierre Boegli), photos Collectifs

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