Quel chasseur de cerf ne rêve pas de tirer un jour LE grand trophée, SON grand trophée? Pourtant, ce même chasseur a-t-il à l’esprit que la probabilité de satis­faire ce juste espoir reste malgré tout arithmétiquement infime? En effet, avant de parvenir à l’âge où le trophée sera à son summum, le cerf coiffé va devoir franchir de nombreux obstacles, d’autant plus que la génétique vient dès le départ jouer les trublions.

Pyramide

Avant toute autre considération, il est important d’observer la pyra­mide des âges des cerfs prélevés à la chasse (voir Pyramide). Ce graphique montre plusieurs choses. Tout d’abord un déséquilibre volontaire du plan de chasse en défaveur des biches. Cela permet de compenser la moindre quantité de mâles qui existe de façon naturelle dans la nature. D’autre part, la pyramide montre que sur deux cent quatorze mâles, seulement onze individus sont âgés de plus de 6 ans. Cette proportion d’un peu plus de 5 % montre à quel point le nombre de coiffés susceptibles de présenter un beau trophée reste très faible. Et on ne parle ici que du pourcentage ramené au tableau. Si l’on considère que ce dernier ­représente 25 % de la population, le nombre de cerfs adultes potentiellement porteurs de ramures n’est donc plus que de 1,3 % (1). Mais, pour que le cerf soit susceptible d’obtenir la médaille d’or, le pourcentage est encore bien plus faible. En effet, comme le montre la pyramide des âges précédemment citée et les travaux de recherche qui ont conduit à ces résultats (2), seulement 7 à 12 % des cerfs mâles prélevés annuellement à la chasse ont plus de 9 ans. On comprend donc très bien que si l’on travaille sur la base d’une moyenne de 10 %, il n’y a plus que 10 % de 1,3 % soit 1,3 cerf pour 1000 cerfs susceptible d’avoir un trophée médaillable. Ce scénario se vérifie sur pratiquement tous les territoires qui prennent la précaution de ménager les coiffés. On imagine très bien ce qu’il en advient lorsque les plans de chasse sont trop laxistes vis-à-vis des prélèvements des mâles.

Cerf issu d’un territoire où les coiffés présentent cette petite fourche palmée au bas de l’empaumure.
Pas ordinaire
La collecte des mues apporte de précieux renseignements, notamment sur les coiffés que l’on ne voit pas.
Mues 18
Particulièrement massif, ce trophée de cerf de montagne cote un peu plus de 206 points.
Cerf aillon

Cerfs de l’Est et de l’Ouest

Les facteurs qui conduisent à cette situation sont multiples et bien souvent dépendants les uns des autres. En premier lieu intervient de fait le phénotype des animaux, c’est-à-dire l’influence du milieu et de la génétique, cette alchimie subtile et impénétrable, pour ne pas dire ­incompréhensible, entre le potentiel héréditaire des animaux et le biotope dans lequel ils vivent. Ce mystère n’a pas encore été percé malgré la puissance de calcul des ordinateurs. C’est bien ainsi et cela permet de rester spectateur tout en ayant le plaisir d’observer et de constater.  A titre d’exemple, le type Europe de l’Est n’est pas le même que celui de l’Europe de l’Ouest. Bien conscient de cet état de fait, le Comité International de Cotation (CIC) impose deux grilles différentes en ce qui concerne les médailles attribuées aux trophées. Une pour les cerfs d’Europe de l’Est, et une autre pour les cerfs d’Europe de l’Ouest.

Préservons les mâles

Cependant, quelle que soit l’origine des grands cervidés, la règle d’un grand coiffé pour mille animaux se vérifie presque toujours. La chasse contribue largement à cet état de fait. En effet, sachant que la majorité des prélèvements pèse sur la classe d’âge qui va de 4 à 8 ans, les mâles n’ont pas le temps d’atteindre la maturité nécessaire à la magnificence du trophée. Pourtant, au-delà de la chasse, le sexe des animaux a une influence non négligeable sur l’obtention de beaux trophées. Même s’il s’agit d’une Lapalissade, pour porter des bois il faut que l’animal soit de sexe mâle. Et, à ce niveau, dès la naissance les choses sont plus difficiles pour les faons mâles. Plus lourds que les faons ­femelles, leur taux de survie est plus faible car ils doivent ­nécessairement ingérer davantage de nourriture pour alimenter leur plus grande carcasse. Si le premier hiver est relativement ­clément, la ­différence entre les jeunes mâles et les jeunes femelles est quasiment ­insignifiante. Par contre, la diète provoquée par un hiver rigoureux entraîne une mortalité bien plus importante chez les faons mâles. Le taux de survie des femelles est donc plus important. On peut s’en rendre compte assez rapidement si l’on suit de près le tableau de chasse. En effet, si la mortalité a été forte chez les ­petits mâles, il y a automatiquement da­van­tage de bichettes que de daguets au tableau de chasse. La pyramide des âges du graphique qui illustre ce propos en est un exemple parfait.

Il faut se rendre à l’évidence, la règle d’un coiffé médaillable pour mille animaux met en évidence la rareté des grands trophées. Raison supplémentaire pour préserver les mâles au niveau des plans de chasse.

Texte et photos Daniel Girod

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